Bush, go home
Victimes de la crise, ils témoignent
TAYLOR, 22 ANS, MÈRE DE FAMILLE
« Je cherche du travail par intermittence depuis six mois, depuis que je peux confier ma fille à ma mère. Auparavant, j’ai eu quelques boulots bien sûr, surtout comme vendeuse pour des chaînes de vêtements. Je n’ai pas de diplôme, mais d’habitude ce n’est pas difficile de trouver un emploi dans la vente, il y a toujours des besoins. C’est vrai que c’est beaucoup plus dur en ce moment. Je fais des petits contrats à droite à gauche, le mois dernier j’ai travaillé deux semaines. J’ai été l’autre jour dans un restaurant qui embauchait une serveuse à mi-temps, l’annonce était parue le matin même et quand je suis arrivée, vers midi, le patron m’a dit qu’il avait déjà reçu une dizaine de réponses. C’est une étudiante qui a eu le boulot. Avant il y avait des petits boulots pour les étudiants et pour les gens comme moi. Maintenant on est comme en concurrence. Je crois que c’est dû à la situation économique, des gens perdent leur poste dans des secteurs mieux payés et ils prennent ce qu’ils trouvent. »
EMILY, 49 ANS, AIDE-SOIGNANTE
« Heureusement, j’exerce dans un secteur qui se porte bien : il y a de plus en plus de personnes âgées et de structures pour les accueillir. Mais, ce que je vois, c’est que les conditions ne s’améliorent pas pour autant. Au début, j’avais choisi l’intérim pour garder ma liberté, maintenant je n’ai pas trop le choix. Je ne fais que des contrats courts, mais par chance je n’ai pas trop de temps de chômage entre deux missions. En fait, il y a des postes de long terme, mais les salaires sont vraiment bas, et ce sont souvent les aides-soignantes étrangères qui les acceptent. Ma couverture médicale ? Cela fait longtemps que je n’en ai plus, alors j’ai appris à ne pas m’en faire ! Comme je change souvent d’employeur, ce serait à moi de m’assurer, mais je n’ai pas les moyens de mettre 200 ou 300 dollars dans une assurance, en tout cas, aujourd’hui, j’ai d’autres priorités. Je suis en bonne santé, ça va. C’est vrai que parfois je suis inquiète parce que je me dis que s’il m’arrive quelque chose… Mais c’est encore plus compliqué pour ma fille qui a 26 ans, un travail, mais n’arrive pas à se faire assurer. Les compagnies d’assurances sont de plus en plus regardantes, ou alors les contrats sont hors de prix. »
QUINN, 43 ANS, TRAVAILLEUR DU BÂTIMENT
« Depuis dix ans, je travaillais pour un entrepreneur du bâtiment de la région de Portland. Une petite entreprise, spécialisée dans la rénovation des maisons individuelles, pas plus de dix salariés. Moi j’aidais sur différents travaux, un peu de maçonnerie et de charpenterie, la peinture, l’électricité… Début 2007, les commandes ont commencé à se faire plus rares ; on ne parlait pas encore de la crise des subprimes mais nous, dans le secteur de la construction, on pouvait déjà en sentir les effets. Nos clients, c’étaient des familles assez modestes, des gens qui voulaient retaper la petite maison qu’ils avaient pu s’acheter… La situation a été de pire en pire et mon employeur n’a eu pratiquement aucune commande dans les derniers mois de 2007. Il a laissé passer quelques semaines, et puis un jour il est venu nous voir pour nous dire qu’il ne pouvait garder que la moitié de l’équipe. J’étais parmi les employés les plus anciens mais je n’étais pas un spécialiste, alors j’ai fait partie des licenciés. Cela fait près de trois mois que je cherche du boulot, j’ai 43 ans, je n’ai pas de diplômes, c’est vrai que ce n’est pas évident. A l’agence pour l’emploi, on m’a dit que mon profil n’était intéressant que pour les entreprises du bâtiment, mais toutes sont dans les mêmes difficultés. On m’a proposé surtout des postes dans la restauration payés au salaire minimum à l’autre bout de la ville, et quand j’appelle le boulot est souvent déjà pris. Pour l’instant je vis surtout avec l’aide de mes parents, à mon âge ce n’est pas facile à accepter. Mais j’ai beaucoup d’amis qui galèrent comme moi, entre nous on se dit qu’on n’a jamais autant eu de mal à trouver du boulot. »
Paul Falzon-Monferran
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)