« Le collectif pour le "non", un vaste mouvement unitaire »
Le collectif irlandais pour le « non » regroupe onze organisations : Communist Party of Ireland (CPI), Community & Workers Action Group, Éirîgî, Irish Anti-War Movement, Irish Republican Socialist Party, Irish Socialist Network, Peace & Neutrality Alliance, People Before Profit, People’s Movement, Sinn Féin, Socialist Party, Socialist Workers Party et Workers Party. Entretien avec son coordinateur national.
À la veille du référendum, comment évaluez-vous vos chances de l’emporter ?
Michael Youlton. Tout est possible ! Le nombre d’indécis est encore très important. L’un des deux sondages publiés la semaine dernière nous créditait d’une avance, pour la première fois, de 5 points. L’autre, qui plaçait le « oui » légèrement en tête, montrait également une progression du « non ». L’issue dépendra du taux de participation et des indécis. Cela étant dit nous avons mené une campagne très difficile d’explication sur le fond, patiente, organisée, unie.
Nous avons publié nos propres documents puisque le gouvernement a cru bon, pour éviter un scénario à la française en 2005, de ne pas diffuser le texte complet du traité. Imaginez qu’à la fin 2007 les partisans du traité étaient en tête avec 45 % des intentions de vote. Nous avons réussi à prendre confiance et à inverser la tendance vers la fin de février et au début de mars, où nous oscillions alors entre 18 % et 22 %. Le camp du « oui » qui, du parti au pouvoir Fianna Fail à l’opposition, les organisations patronales, jusqu’à la presse et l’épiscopat, représente une force énorme a été mis sur la défensive. Ils ont été contraints de nous répondre avec un discours caricatural, voire culpabilisant, à nos arguments.
Que représente le rassemblement du « non » ?
Michael Youlton. Notre campagne pour le « non » est menée par un collectif de 14 organisations. Seul Sinn Féin compte deux parlementaires. Les autres sont des petites formations de gauche et d’extrême gauche, et des structures associatives nationales ou locales. Elles ont travaillé dans une unité que l’on n’a plus connue depuis longtemps. Le site de notre campagne, www.sayno.ie, est quotidiennement mis à jour par trois militants du CAEUC (1). Nous avons de faibles moyens financiers. Je voudrais ajouter qu’à côté de nous est apparu récemment Libertas, animé par le milliardaire Richard Ganley. Ce groupe mène sa campagne sans aucun lien avec nous, et sur des thèmes qui ne sont pas les nôtres, en particulier sur la fiscalité et sur le fait qu’avec le traité de Lisbonne l’Irlande n’aura pas de commissaire cinq ans sur quinze.
Pourquoi les Irlandais, selon vous, ne devraient-ils pas ratifier le traité de Lisbonne ?
Michael Youlton. Je vais citer trois raisons qui me paraissent essentielles : la démilitarisation, le social et la démocratie. La question de la militarisation est particulièrement sensible en Irlande, pays historiquement neutre, c’est-à-dire ne participant pas à l’ingérence militaire. Or ce concept a été détruit avec le passage à l’aéroport de Shannon de 1,2 million de soldats américains allant ou revenant d’Irak et d’Afghanistan.
Le principe de neutralité est attaqué par des dispositions spécifiques du traité de Lisbonne en matière de défense. Ce que Sarkozy appelle « l’Europe musclée ». Ensuite on assiste à un travail de sape de la démocratie avec des pouvoirs additionnels permettant à l’UE d’étendre sa loi sur tous les aspects de la vie, sans compter la diminution de la participation à la Commission européenne de petits pays comme l’Irlande. En outre, le traité parle d’un président pour l’Europe sans aucun détail ni sur sa fonction ni sur ses compétences.
Enfin, sur le plan social, la charte des droits fondamentaux n’offre rien de nouveau, il s’agit de droits minimaux. Le traité parle une trentaine de fois de « libre marché ». Nous constatons que, déjà en Irlande, la privatisation de la santé est en marche avec la création de centres d’excellence remis à des multinationales comme l’américaine Quest, accusée de corruption dans son propre son pays. Lisbonne va se traduire par une amplification de ce processus.
Si le « non » l’emporte que se passera-t-il ?
Michael Youlton. Malgré l’arrogance du gouvernement et du premier ministre qui répètent que rien ne sera renégocier nous pousserons pour qu’un nouveau texte soit soumis à referendum. C’est la seule possibilité pour l’Irlande de gagner plus de démocratie. Mais quoi qu’il arrive en ce qui nous concerne, que ce soit « oui » ou « non », nous avons l’occasion unique de bâtir un mouvement plus large. C’est sans précédent en Irlande depuis le mouvement antinucléaire de 1985.
(1) Acronyme anglais de Campaign Against the EU Constitution http://www.medelu.org/
Entretien réalisé par B. D.
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