Sarkozy s’en prend au corps enseignant !
Bilan et perspectives. Profitant de l’accalmie passagère dans les établissements pour cause de baccalauréat, Nicolas Sarkozy tente de reprendre la main sur le terrain scolaire. Hier, à l’Élysée, devant un parterre de recteurs d’académie, d’inspecteurs généraux et de présidents d’université, réunis pour commémorer le bicentenaire du décret napoléonien du 17 mars 1808, le chef de l’État a présenté les grandes lignes de ses projets pour l’éducation nationale.
Martelée à trois reprises, Nicolas Sarkozy et ses conseillers en communication ont dégotté la formule du jour : « En passant de 20 % d’une classe d’âge au bac en 1968 à 64 % aujourd’hui, nous avons relevé le défi de la quantité. Il nous faut maintenant relever le défi de la qualité. » Au-delà du verbiage communiquant, le président a confirmé deux réformes d’ampleur : celle des lycées et celle de la formation des maîtres.
Liquidation de la formation professionnelle
« Je souhaite que l’enseignant de demain soit mieux formé », a répété Nicolas Sarkozy. En clair, il s’agirait d’intégrer les différents concours (professeurs des écoles, CAPES, agrégation) au cursus universitaire et de les ouvrir à tous les titulaires d’un « master 2 » (bac + 5) et non plus, comme actuellement, d’une licence (bac + 3). La formation professionnelle, elle, ne devrait durer qu’un an. Au final, les enseignants auront donc un niveau bac + 6 contre bac + 5 aujourd’hui (licence + 2 ans d’IUFM). « En échange de cette année d’études supplémentaire, nous nous engageons à ce que les débuts de carrières soient revalorisés », promet le président qui envisage la mise en place de ces nouveaux concours « dès la session 2010 ».
Détail qui n’en est pas un : cette réforme sonne le glas de l’année rémunérée de stage, dont bénéficiaient tout les futurs enseignants au cours de leur deuxième année d’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres). Ce qui fait bondir le socialiste Bruno Le Roux. « Après la suppression de 11 000 postes dans l’éducation nationale, le président de la République et le gouvernement s’attaquent à la formation des enseignants, avec une logique, la suppression des 24 000 fonctionnaires stagiaires. » Pour le député de Seine-Saint-Denis, « c’est la liquidation de la formation professionnelle qui s’organise et cela suscite une vive inquiétude sur le recrutement futur, notamment pour la mixité sociale ».
Autre chantier : le lycée. « La situation actuelle n’est plus tenable, assure Nicolas Sarkozy. Le système des filières, pas dominé, écrasé par la section scientifique, est totalement déséquilibré et ne remplit pleinement aucun des objectifs recherchés. Il nous faut, ensemble, imaginer un lycée beaucoup plus souple, qui dépasserait les impasses d’un cloisonnement trop rigide en filières. Chacun doit pouvoir construire son parcours d’excellence, adapté à ce qu’il est et à ce qu’il souhaite. »
Voilà pour la philosophie générale. Concrètement, une « nouvelle seconde » censée mieux orienter les élèves devrait être mise en place dès la rentrée 2009. Avant l’arrivée d’un « nouveau baccalauréat » en 2012, assure l’Élysée.
Morale et instruction civique de retour
En ces temps de fronde lycéenne, Nicolas Sarkozy ne s’est pas privé de passer en revue les réformes lancées depuis un an, rendant un hommage aussi lourd qu’appuyé à « Xavier » (M. Darcos - NDLR). Sur la réforme des programmes du primaire, contestée de toute part, le chef de l’État a assuré son ministre de son soutien « total ». À tous ceux qui dénoncent une conception passéiste et « mécaniste » des apprentissages, le chef de l’État répond d’une boutade : « Je préfère la conception mécaniste à la conception impressionniste ! » Et de se féliciter du retour de l’instruction civique et morale, de « l’apprentissage de la politesse » ou de l’hymne national « durant lequel il faudra se lever »
Affirmant mesurer « l’étendue du malaise enseignant », Nicolas Sarkozy a longuement appelé le « corps enseignant » à « évoluer », à « entrer résolument dans la culture de l’évaluation et du résultat », pour finalement lui proposer la signature d’un « nouveau pacte de confiance ». Au titre de « l’effort financier » de l’État, il a notamment réitéré sa promesse de campagne de « redistribuer aux professeurs () la moitié des économies produites par les économies d’emplois dans l’éducation nationale ». Il faudra rappeler à Nicolas Sarkozy que la colère des enseignants ne s’achète pas comme une Rollex…
Laurent Mouloud
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