Editorial par Patrick Apel-Muller
Charcutage en gros et au détail
Les ordinateurs du ministère de l’Intérieur tournent à plein et les experts de Matignon contrôlent les simulations. La droite prépare, loin des caméras et des coups d’éclat médiatiques, un véritable hold-up électoral. Elle a, il est vrai, une longue expérience des tripatouillages qui font les petites victoires et doit beaucoup à son spécialiste en la matière, Charles Pasqua. Il s’était notamment illustré par des prouesses de haute couture en 1986.
Les évolutions démographiques bien réelles des circonscriptions donnent un prétexte tout trouvé, à une UMP bousculée lors des scrutins municipaux et cantonaux, pour réduire au minimum les « imprévus » du vote des citoyens.
La loi qui se mitonne dans les arrière-cuisines du pouvoir prévoit d’amplifier encore la surreprésentation des deux partis dominants pour éliminer les élus communistes, comme ont déjà été laminés le Modem, les écologistes, l’extrême gauche ou l’extrême droite. Des pans entiers de l’opinion et de la vie politique seraient ainsi interdits d’expression au Parlement. L’inversion du calendrier électoral et le quinquennat avaient amorcé le dispositif. Il serait complété par le charcutage des circonscriptions, véritable face cachée de la réforme constitutionnelle - que certains socialistes sont tentés de voter avec les mêmes arrière-pensées que les députés UMP - pour garantir une alternance mécanique entre deux partis chapeautés par un hyperprésident. La majorité des responsables politiques ne digère toujours pas que des événements comme la victoire du « non » en 2005 puissent se produire et bouleverser les schémas de ce qu’ils jugent acceptable pour poursuivre une politique plus ou moins libérale. Des formations croient trouver là le gage de leur tranquillité ; cette magouille pourrait bien au contraire amplifier la crise de la représentation politique et les tensions qui en découlent.
Dans une nouvelle victimisation, l’extrême droite pourrait notamment retrouver des forces.
Le Conseil constitutionnel, qui s’est inquiété avec raison qu’il suffise de 27 000 électeurs inscrits en Lozère pour élire un député quand il en faut 115 000 dans la deuxième circonscription du Val-d’Oise, se serait honoré de dénoncer aussi l’inégalité qui demande 67 000 voix à un député communiste pour être élu quand en il faut 37 800 pour un UMP et 35 000 pour un socialiste. Même la dose homéopathique de proportionnelle n’est envisagée que pour amplifier la domination du bipartisme. En revanche, l’UMP et de façon plus contournée, le PS refusent la proportionnelle intégrale qui n’aurait donné que 283 députés à la droite en juin 2007 ( contre 346 en réalité) et ne lui aurait pas permis d’imposer au pays des réformes antisociales dont il ne veut pas.
Sur qui les électeurs pourraient-ils compter pour, devant le Parlement, défendre les services publics, augmenter les salaires, bloquer les menées de la Commission de Bruxelles - comme ils le firent pour les directives Bolkestein ou la reforme du traité constitutionnel -, batailler sur les OGM, les retraites, ou les 35 heures ?
Le charcutage électoral qu’ourdissent les sarkozystes n’est pas seulement une petite combine. Il reflète une tentation autoritaire. C’est la démocratie même qui peut être amputée si les démocrates ne s’en mêlent pas.
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