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Politique - Article paru le 29 mai 2008 dans l'Humanité

En marche vers la rigueur

« Nous vivons une situation financière difficile et la remise en équilibre des comptes publics pour 2012 est inévitable », a estimé, hier, François Fillon, à la sortie de la conférence nationale des finances publiques. Pour l’atteindre, le premier ministre s’appuie sur quatre moyens : une division par deux du rythme de croissance des dépenses publiques, l’apurement de la dette de la Sécurité sociale pour un retour à l’équilibre des comptes de celle-ci en 2011, le retour à l’équilibre du besoin de financement d’ici à 2012 des collectivités locales et la poursuite des réformes structurelles. Outre les moyens, il a rappelé la création de « lois de programmation » sur trois années, votée mardi par l’Assemblée nationale, avec pour objectif l’équilibre des finances publiques, sans aller jusqu’à la « règle d’or », à savoir l’obligation de présenter chaque année des projets de loi de finances sans déficit.

la Cour des comptes dénonce des irrégularités

Un discours en direction de Bruxelles que François Fillon souhaite convainquant, après la « recommandation politique » de la Commission européenne adressée, hier à la France, lui demandant d’accélérer la réduction de son déficit, qui s’approche de la limite autorisée de 3 %. Le premier ministre a estimé que la recommandation de la Commission européenne était « un encouragement à poursuivre les réformes structurelles » et non « un rappel à l’ordre ». Dans une déclaration plus offensive, le chef de l’État a dénoncé, lors d’une conférence de presse à Varsovie, « Les hypothèses de la Commission (qui) sont fondées sur des chiffres qui ne sont pas vérifiés, qui ont même été démentis ». Mais à moins de dix semaines de la présidence française de l’Union européenne, il a ajouté ; « Il n’en reste pas moins que la France a des efforts à faire pour réduire les déficits, des déficits qu’il est quand même difficile de me mettre sur le dos alors que je suis président de la République depuis treize mois et que la France vote des budgets en déficit depuis trente-cinq ans ».

Dans un rapport sur « les résultats et la gestion budgétaire de l’État » en 2007, la Cour des comptes dénonce des irrégularités comptables et estime « que l’amélioration de la situation budgétaire n’est qu’apparente. En réalité les principaux équilibres se sont dégradés ». « Certains postes sont toujours sous-budgétés, ce qui veut dire, qu’on ne prévoit pas, souvent sciemment, assez de crédits pour les dépenses à venir de l’État », a expliqué, mardi, Philippe Séguin, président de la Cour, pour qui ces pratiques « compromettent aussi bien l’exactitude de la programmation budgétaire que son exécution ».

Mais, au delà de la critique technique, c’est la nature des efforts souhaitées par le gouvernement qui questionne. L’austérité imposée par le gouvernement dans les dépenses sociales (santé, éducation…) finance désormais les cadeaux qu’il offre aux entreprises, sous forme d’heures supplémentaires défiscalisées et autres crédits d’impôts visant à augmenter les sommes versées aux salariés au titre de l’intéressement et la participation. La droite rompt ainsi avec l’État providence si cher à la gauche et aux Français.

Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Politique
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