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International - Article paru le 29 mai 2008 dans l'Humanité

Pourquoi un vent d’intolérance souffle sur l’Algérie

Alger . Les procès intentés à des citoyens convertis au protestantisme interviennent dans un contexte d’offensive islamiste, de climat sociopolitique dégradé, un an avant la présidentielle.

Les faits. Le 29 mars, Habiba Kouider, trente-sept ans, née à Tiaret (ouest algérien), employée de crèche à Oran, est arrêtée par des gendarmes qui découvrent dans son sac des bibles. Le 21 mai, elle comparaît en prévenue libre devant le tribunal de Tiaret où elle réside. Accusée de « prêche d’un culte non musulman sans autorisation », elle est condamnée en première instance à trois ans de prison ferme et laissée en liberté, et ce, en violation de la Constitution algérienne qui garantit la liberté de conscience.

Choisir entre « La mosquée et le tribunal »

Selon le quotidien El Watan, juste avant le verdict, le procureur lui aurait proposé de choisir entre « la mosquée et le tribunal ». Mardi, en appel, le tribunal s’est borné à demander un complément d’information que le président de la Ligue algérienne des droits de l’homme, Boudjemâa Ghechir, a qualifié sur RFI de « bon jugement » estimant que « les gendarmes et le parquet ont commis une erreur de traduire Habiba Kouider devant la justice ». Reste que le même jour, dans un procès séparé, le même tribunal a requis deux ans de prison ferme à l’encontre de six jeunes convertis. Ces sept personnes sont toutes des adeptes de l’Église évangélique qui, selon son président, le pasteur Mustapha Krim, ne compterait que 50 000 membres.

Sous prétexte de lutte contre « l’évangélisation de l’Algérie », on assiste depuis quelques mois à une campagne antichrétienne au motif que les évangélistes chercheraient à « constituer une minorité de chrétiens en vue d’immixtions étrangères ». Relayée par des journaux proches des islamistes, cette campagne s’est traduite par l’expulsion d’Algérie du chef de l’Église protestante, Hugh Johnson, la condamnation à la prison avec sursis du prêtre d’Oran, Pierre Wallez, pour avoir dirigé une prière avec des migrants africains illégaux en dehors des lieux de cultes autorisés, la fermeture de 26 lieux de culte protestants et la suspension d’un directeur d’école de confession protestante. De plus, selon Mustapha Krim, les autorités algériennes n’ont plus délivré d’agréments pour l’ouverture de lieux de culte depuis cinq ans.

Discours officiel sur fond de matraquage médiatique

Cette campagne visant les évangélistes intervient dans un contexte sociopolitique dégradé et de retour en force du religieux, voire d’un climat d’intolérance. En attestent les propos tenus par le premier ministre algérien, Abdelaziz Belkhadem, dont les accointances avec le mouvement islamiste sont un secret de polichinelle, affirmant au sujet de la société algérienne que « le Coran représente sa Constitution, qu’elle n’acceptera pas de changer » les mesures de fermeture de bars et de points de vente de boissons alcoolisées… Le tout dans un climat de religiosité ambiante encouragée par un certain discours officiel sur fond de matraquage médiatique (radios et télés, notamment celles des pays du Golfe) se traduisant par une progression du voile islamiste et le port de la barbe, tandis que les ex-terroristes, aujourd’hui repentis, ont de nouveau pignon sur rue.

D’aucuns expliquent qu’il y a une relation de cause à effet entre l’OPA lancée par les hommes d’affaires saoudiens et des pays du Golfe sur l’Algérie - ouverture de banques et de centres d’affaires, plusieurs milliards de dollars investis dans le tourisme de luxe - et le rapprochement entre le pouvoir et les islamistes, sur fond d’interdits de toutes sortes, survenant suite à la promulgation en 2006 de la loi amnistiant les islamistes qui déposeraient les armes.

Le salaire mensuel se situe entre 200 et 300 euros par mois

Il n’en reste pas mois que se greffe à ce climat d’intolérance une situation sociale des plus inquiétantes. Les émeutes sociales se multiplient. Après Chlef, Gdyel dans l’Ouest algérien, Oran est depuis mardi le théâtre de violences : saccages de magasins, voitures incendiées. Les grèves dans le secteur public sont quasi régulières. Et la Confédération des syndicats autonomes, mouvement qui a pris son essor durant l’année 2007-2008 et qui a animé la contestations sociale durant les mois de février, mars et avril, prépare une grève générale à la rentrée de septembre. En plus du chômage qui touche officiellement 14 % de la population active, de la pauvreté (un quart de la population), d’un salaire moyen se situant entre 200 et 300 euros par mois, les Algériens ne revendiquent rien d’autre qu’une répartition équitable des fruits de la croissance, d’autant que les réserves de change (140 milliards de dollars) atteindraient, selon le FMI, les 200 milliards de dollars à fin 2008 !

À un an de l’élection présidentielle algérienne, tout porte à penser que la fin de mandat du président Bouteflika, affaibli par la maladie, verra une montée en puissance des tensions sociopolitiques.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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