Le sommet mondial de Rio, en juin 1992, faisant le constat que le mode de développement généré par le système économique ne répondait pas aux préoccupations liées à l’avenir de l’homme et de la planète, c’est pourquoi il a élaboré le concept d’un nouveau mode de développement qui concilie environnement et économie, c’est le « développement durable ».
Le point 3 de la déclaration finale du sommet de 1992, adopté à l’unanimité des 175 chefs d’État et de gouvernement présents, est clair, il précise : « Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures. » Où en est-on vingt ans après ce sommet mondial de Rio ?
Le sous-développement, la faim, la pauvreté ont-ils reculé ? L’état de la planète s’est-il amélioré ? L’avenir de l’homme et de la planète est-il toujours menacé ? Ce sont là les questions essentielles que devrait se poser le sommet « Rio + 20 », convoqué en juin prochain à Rio. Hélas, on peut douter qu’il en soit ainsi. Les pays les plus développés se sont employés, avec les tenants du système économique ancien, à vider de sens et de contenu le développement durable. Depuis 1992, malgré certains progrès ici ou là, la faim menace toujours des millions d’enfants, d’hommes, de femmes, la pauvreté frappe de nombreux pays du Sud, mais aussi des millions de gens dans les pays les plus développés. Un milliard et demi d’habitants de notre planète n’ont pas accès à l’eau potable.
Ce sont là les questions majeures que nous devons mettre en débat, elles doivent être au cœur de la préparation du sommet Rio + 20, mais elles doivent être aussi au cœur de toutes les décisions politiques et économiques d’aménagement et de développement des activités humaines. C’est encore plus vrai, ici en France, alors que nous abordons une nouvelle période politique où l’intervention de tous les citoyens sera décisive. Relancer la production en France et en Europe, développer l’industrialisation, cela doit se faire dans le cadre d’une planification écologique et cette relance doit être animée d’une volonté de produire et consommer autrement. En fait, il s’agit d’intégrer un nouveau mode de développement qui dépasse l’ancien système économique et dont la finalité sera l’homme et non plus la recherche du profit maximum. C’est à cela que nous appelait le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, qui a servi de base au sommet de Rio de 1992 (1) : « C’est donc à l’ensemble des nations qu’il appartient d’agir pour rectifier le système économique international afin de diminuer le nombre de pauvres, d’affamés et les inégalités… Les prochaines décennies auront une importance cruciale, le moment est venu où il faut rompre avec d’anciens systèmes… La sécurité ne sera trouvée que dans le changement. »
Vingt ans après, c’est à cet appel, approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies, qu’il faut répondre, ici en France et à Rio en juin prochain. Ce nouveau sommet doit prendre en compte les évolutions du monde, les nouvelles gouvernances, notamment en Amérique latine, et les mouvements des peuples, notamment dans le monde arabe et dans les pays comme la France, l’Espagne, la Grèce, l’Italie.
En 1992, à Rio, les pays du Sud, avec le groupe des 77 et les ONG très nombreuses, avaient fait bouger les lignes de démarcation, c’est ce qui avait permis d’apprécier positivement les travaux et les documents issus du sommet. Cela avait soulevé beaucoup d’espoir. Hélas, dix ans après, le sommet de Johannesburg a marqué un recul imposé par les résistances au changement des pays les plus développés.
Après les élections en France, nous devons appeler les nouveaux gouvernants à s’appuyer sur les mouvements des peuples, et particulièrement sur les forces progressives : partis, syndicats et ONG, afin que la France reprenne sa place au premier rang des pays et des peuples qui exigent un autre mode de développement, pour un dépassement du capitalisme, sans lequel l’avenir de l’homme, l’avenir de la planète resteront précaires.
Guy Léger vient de publier aux Éditions Le Temps des cerises 4 Pas dans le chemin des vignes.
(1) Rapport connu sous le nom de rapport « Brundtland » et sous le titre français : « Notre avenir à tous ».
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