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International - Article paru le 27 mai 2008 dans l'Humanité

Bogota exulte mais les FARC ne désarment pas

Colombie. Alfonso Cano succède à Marulanda à la tête de la guérilla. Après la mort du leader historique Bogota crie victoire. La famille Betancourt lance un appel à la nouvelle direction rebelle.

La confirmation est venue dimanche d’une vidéo diffusée sur la chaîne satellitaire latino-américaine Telesur : le chef historique des FARC, Manuel Marulanda, est mort des suites d’un arrêt cardiaque le 26 mars dernier à quatre-vingts ans. La guérilla a donc retenu deux mois l’annonce de cette mort, et l’aurait sans doute retardée davantage si le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, n’avait éventé samedi l’information recueillie par les « renseignements militaires ». Membre du secrétariat, le commandement des FARC, Timoleon Jimenez, alias « Timochenko », a déclaré sur Telesur : « le grand leader est parti… ». celui-ci, âgé de quatre-vingts ans serait mort d’une brève maladie, quand d’autres ont évoqué un cancer ou les suites d’un bombardement, et le commandant Alfonso Cano, considéré comme le responsable idéologique du mouvement, désormais lui succède.

Coup dur pour la guérilla

Né le 12 mai 1928 à Genova, dans le Quindio, la région du café à l’ouest de Bogota, Manuel Marulanda, de son vrai nom Pedro Antonio Marin (pseudo : « Tirofijo »), avait fondé au début des années cinquante, dans une période de persécutions et de répressions particulièrement sanglantes (la Violencia), des milices paysannes d’autodéfense avant de former les FARC (1964). Son décès constitue assurément un coup dur pour la guérilla, confrontée depuis mars dernier à la disparition de plusieurs de ses dirigeants, sans compter une vague de défections enregistrées dans ses rangs.

Les FARC réclament la libération de 500 guérilleros détenus, en échange d’un groupe de 39 otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, enlevée il y a plus de six ans alors qu’elle postulait à la présidence du pays. Dimanche matin, lors d’une conférence de presse, Juan Manuel Santos a appelé le nouveau dirigeant Alfonso Cano à la négociation et « à se rendre compte que la lutte armée ne mène nulle part ». Puis le ministre de la Défense a lancé : « Trois de vos chefs sont sous terre, profitez de cette opportunité pour vous démobiliser, sinon nous poursuivrons les opérations militaires avec plus d’intensité. » De son côté, le président Alvaro Uribe, champion toutes catégories dans l’art de l’embrouille, a prétendu que des chefs de la guérilla étaient prêts à se démobiliser en échange de la libération d’otages, dont Ingrid Betancourt, en leur faisant miroiter argent et exil en France.

Toutefois, dans sa vidéo, Timoleon Jimenez a rappelé une réalité autrement plus prosaïque : « Nos propositions pour les accords humanitaires et l’issue politique restent en vigueur », a-t-il dit. Non seulement les FARC n’accepteront pas de finir dans la débandade, bref de capituler, ce qu’aime à croire le gouvernement de Bogota, mais elles vont continuer de réclamer, pour négocier la libération des otages, le création d’une zone démilitarisée et la reconnaissance du statut de force belligérante.

Une nouvelle donne se dessine néanmoins, inspirant de prudentes réactions. La mère et la soeur d’Ingrid Betancourt ont lancé un appel au nouveau chef des FARC, Alfonso Cano, pour qu’il la libère. « Face aux derniers événements nous faisons un appel au commandant Alfonso Cano, homme cultivé et progressiste, qui, en prenant la direction des FARC, a le pouvoir de pousser l’histoire en libérant Ingrid et les trois autres otages civils », ont déclaré Yolanda Pulecio et Astrid Betancourt dans un communiqué. À Beyrouth, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouch- ner, n’a pas craint de s’enthousiasmer estimant que « c’est un grand espoir qui se lève ». Propos pour le moins incongrus, tempérés à Paris par Nicolas Sarkozy. Pour le président français, des « choses se passent » en Colombie mais il faut faire preuve de « beaucoup de prudence »…

Bernard Duraud

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Tag(s) : #Monde
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