MAI 1968 : 40 ANS APRÈS, LA LUTTE CONTINUE !
Les acteurs de cette page de l’histoire et ceux du mouvement social de 2008
avaient rendez-vous, hier. Ils ont évoqué les luttes et les conquêtes sociales de
l’époque.
Quarante ans après Mai 68, la lutte continue. Et elle ne fait que prendre de l’ampleur si
l’on tient compte des différentes manifestations qui ponctuent ce mois de mai. A Marseille et ailleurs.
Hier, au Dock des Suds, c’était sous un air festif que l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône convoquait les acteurs de ce mouvement social, exceptionnel, tant au niveau des grèves que
des conquêtes sociales.
Ils sont venus témoigner de leurs luttes et des droits conquis après des semaines de grève. Aujourd’hui encore, cette période marque des générations entières, notamment les nouvelles. Yann, jeune
métallurgiste à Martigues, s’interroge : « Ils n’avaient pas le droit de se syndiquer, la télé était entre les mains du pouvoir, ça ne les a pas empêchés de faire des choses. Il faut qu’on avance
maintenant là où d’autres ont réussi. » C’est tout le sens de la rencontre, animée par Jacques Roger (à l’époque cheminot) entre jeunes du collectif CGT et moins jeunes.
« Mai 68 n’est pas arrivé tout seul »
Au milieu du brouhaha, Edmond, de l’usine Berliez, souligne que « Mai 68 n’est pas venu d’un seul coup ». Il y avait eu de nombreuses luttes dans les années 60 pour
les salaires et la réduction du temps de travail. Et la répression policière contre les étudiants dans la nuit du 10 mai « a mis le feu aux poudres ». Elle a permis la convergence des luttes
entre l’université et le monde du travail.
Même si la tendance actuelle est, à la mode médiatique, de ne vouloir retenir de cette période que la figure du leader étudiant Daniel Cohn-Bendit, il n’en reste pas moins que le rôle des
ouvriers fut déterminant. Dès 1963, les mineurs de Gardanne entraient en lutte pour sauver leurs emplois. En 1966, Port-de-Bouc se battait contre la fermeture de ses chantiers navals.
A la Centrale téléphonique de Colbert, « on parlait déjà de modernisation des services pour camoufler les licenciements », témoigne une employée. Marie-Jeanne rappelle la garantie de l’emploi que
constituait l’intégration des téléphonistes dans la Fonction publique. « Ce n’est plus le cas aujourd’hui pour les 200 000 opératrices des centres d’appel dépendantes de sociétés privées. »
Les salariés de 68 voulaient également travailler et vivre autrement. Un fait important à souligner quand on voit les attaques actuelles du gouvernement et du patronat contre les 35 heures, la
sécurité sociale et tout le reste.
Non seulement, le président de la République voudrait en finir avec l’esprit de Mai 68 -source de tous les maux de la société- mais les représentants du Medef voudraient aller encore plus loin.
Selon Pierre Amendola, « ils veulent abattre les acquis sociaux, issus du programme du Conseil national de la Résistance, dans une entreprise de récupération de tout ce qu’ils ont dû céder ».
« Les patrons ne l’ont pas digéré »
C’est ainsi que Pompidou, à Grenelle, déclarait que tout était négociable sauf la sécurité sociale. « Le pognon des patrons était géré par les salariés qui
décidaient de son usage, ils ne l’ont jamais digéré. »
Louis travaillait au Commissariat à l’énergie atomique de Cadarache, un secteur très sensible. Et une ambiance particulière, avec interdiction pour les ingénieurs, par exemple, de manger avec le
personnel. « A l’issue du conflit, plus de 20 ingénieurs adhéraient à la CGT et 17 prenaient leur carte au PCF. »
Paul, cheminot à la gare d’Arenc, se souvient : « Après l’occupation de notre outil de travail, nous avons obtenu 20% d’augmentation. Après, on nous a tout repris. »
Quelqu’un souligne l’unité d’action dès 1966, poussée par la base, entre la CFDT et la CGT. Une aspiration, ces temps-ci, très forte chez les salariés qui prennent part aux différentes
manifestations. Jean-Luc Botella, postier, revient aux luttes d’aujourd’hui pour signaler que le plus fort taux de grévistes se retrouve chez les jeunes facteurs. « Ils sont porteurs des valeurs
de solidarité, de luttes et d’espoir pour faire avancer la société. »
De son côté, Pascal Galéoté, du PAM, souligne l’entrée en lutte des nouvelles générations dans les usines Coca-Cola et Microelectronics. Dans un contexte où « les salariés ont beaucoup plus de
mal à identifier les responsabilités et les perspectives à atteindre ». Malgré ces difficultés, le jeune syndicaliste se dit confiant dans le mouvement social pour faire émerger de nouvelles
perspectives.
Pour finir, Mireille Chessa, reponsable de l’UD-CGT, évoque « l’esprit de résistance » qui est aussi vivant en 2008 qu’en 1968. Mais, il y a aussi « l’esprit de conquête pour les salaires, les
retraites, l’épanouissement au travail ».
PIEDAD BELMONTE
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