Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

- Article paru le 7 mai 2008 dans l'humanité

Editorial par Patrick Apel Muller

Sarkozy ne chôme pas

Un an seulement et il en reste quatre ! Nicolas Sarkozy est allé parader hier devant les ouvriers d’une entreprise du Gard auxquels il a infligé la présentation de son plan anti-chômeurs.

Il faut bien dire « anti-chômeurs » et non « anti-chômage ». Une sorte de cerise sur le gâteau pour fêter l’anniversaire d’une présidence qui s’acharne contre les salariés, les retraités ou les jeunes et gâte ces patrons du CAC 40 qui le lui rendent bien.

C’est une arme à deux détentes qu’actionne le président. Le premier coup vise les chômeurs bientôt contraints à accepter des emplois mal payés et loin de chez eux, sous peine de perdre toute ressource.

Le second atteint de plein fouet tous les salariés en incitant à baisser es rémunérations puisque les chômeurs n’auront d’autre choix que de les accepter. Nicolas Sarkozy dénonçait hier « l’erreur » du partage du travail. Lui, préfère diviser les salaires… Et contraindre à travailler plus longtemps. Le résultat de l’entreprise de démolition des 35 heures se mesure à la baisse du pouvoir d’achat. Elle s’intégrait parfaitement dans un dispositif où le patronat paie moins des employés plus corvéables.

Ce ne sont pas tant ses frasques sentimentales, sa mirifique auto-augmentation de salaire ou les voyages somptueux si gracieusement offerts qui ont creusé le fossé entre le peuple et le gouvernement.

Ce ne sont pas même ses grossièretés de parvenu et ses injures de charretier qui ont choqué ses électeurs, mais le choix constant de privilégier les actionnaires au détriment des travailleurs, cette insupportable contradiction entre son discours sur la revalorisation du travail et son mépris écrasant pour ceux qui en vivent.

Le tandem qu’il forme avec François Fillon se flatte ces jours-ci d’être parvenu à déporter le débat idéologique sur le terrain le plus favorable à la droite. C’est ainsi qu’il s’est fait élire sur l’illusion que, avec lui, qui travaillerait plus gagnerait plus. Il réveillait ainsi la fierté de ne pas rechigner à la tâche et de faire convenablement son boulot. Alors que le Parti socialiste ne voulait pas parler d’augmenter les salaires ni de bousculer les marchés financiers, que la voix d’une gauche de transformation peinait à se faire entendre dans le bipartisme présidentiel, Nicolas Sarkozy avait eu toute liberté pour s’emparer du drapeau du changement. Mais aujourd’hui,

les Français voient bien le changement et c’est pire.

Ils voient bien se profiler des « réformes » : toutes sont destructrices. Ils entendent invoquer la justice et l’équité mais n’en voient rien. Les ministres n’ont que les mots « dialogue social » à la bouche et, à chaque fois, ils passent en force contre l’opinion des syndicats.

De là naît l’effondrement de popularité de Nicolas Sarkozy, et c’est bien pourquoi nos concitoyens ont le moral dans les chaussettes. Certains parce que ce qu’ils craignaient advient. Les autres qui s’étaient laissés entraîner au son du joueur de flûte remâchent leur déception, et le sentiment si lourd de s’être fait avoir une nouvelle fois. Tous ont de solides raisons de se retrouver pour bousculer un calendrier que l’Élysée voudrait inexorable. Ce n’est pas la première fois qu’un président et son premier ministre se sont proclamés « droits dans leurs bottes »… Cela ne leur a pas toujours réussi.

L’atmosphère politique est lourde ; elle pourrait devenir explosive si le mécontentement social - les luttes qui peuvent prendre corps - ne trouvait pas l’alternative politique qui lui ouvrirait un débouché.

Si les protestations stériles l’emportaient, les pires populismes pourraient renaître ou un démagogue de plus, pipolisé ou non, vendre aux électeurs les mêmes vessies pour des lanternes. Le temps des cerises est propice à mettre les imaginations au pouvoir.

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :