Le gouvernement rêve de bas salaires pour tous
L’offre « raisonnable » d’emploi est sur les rails, et ne passera pas par la négociation. Le secrétaire d’État à l’Emploi Laurent Wauquiez l’a annoncé hier à l’issue de la conférence tripartite sur l’assurance chômage entre le ministère de l’Emploi, le patronat et les syndicats. Un projet de loi « très court » sera présenté d’ici la fin de la session parlementaire, sans négociation avec les partenaires sociaux, qui selon lui n’ont pas saisi depuis 2003 l’occasion de s’entendre sur le thème de l’offre valable d’emploi. « Il faut que la question avance. Nous avons une responsabilité devant les Français qui attendent plus de justice et d’équilibre entre les droits et devoirs des demandeurs d’emploi », a justifié le secrétaire d’État, confirmant ainsi la dimension politique du projet. A défaut de répondre aux attentes des salariés sur le pouvoir d’achat, le gouvernement s’en prend aux chômeurs présentés comme des profiteurs.
La fiction d’un contrat d’égal à égal chômeur-ANPE
Sur le contenu du projet, rien de nouveau par rapport au texte transmis ce week-end au patronat et au syndicat (lire notre édition d’hier). Le demandeur d’emploi sera, au fil des mois, de plus en plus tenu d’accepter les emplois proposés par l’ANPE, sous peine de se voir radié des ASSEDIC et de perdre son allocation. Pour justifier l’idée d’un « équilibre entre droits et devoirs », le gouvernement a ressorti de ses cartons la fiction d’un contrat d’égal à égal entre chômeur et ANPE. « Dès le premier entretien, le service public de l’emploi doit s’engager sur la formation, l’aide à la mobilité, les horaires d’ouverture, l’accessibilité téléphonique, a avancé Laurent Wauquiez. En contrepartie, des exigences pèseront sur le demandeur d’emploi. Quand il refusera deux offres d’emploi, on tirera les conséquences sur son indemnisation. » Répondant aux critiques de la CFDT sur une offre raisonnable d’emploi uniforme face à une diversité de publics, le secrétaire d’État s’est voulu rassurant : « Notre approche sera la plus personnalisée possible ». Les critères de pourcentage du salaire antérieur et de distance entre le lieu de travail et le domicile pour définir les refus possibles d’emploi sont censés être objectifs et garantir une égalité de traitement sur tout le territoire. Concernant le financement de l’assurance chômage, le ministre a confirmé l’intention du gouvernement d’ « augmenter les cotisations vieillesse », en utilisant les marges de manoeuvre dégagées par l’amélioration de l’emploi. Autrement dit, les excédents à peine retrouvés à l’UNEDIC seront transférés pour financer les retraites. Avec pour objectif, le « plein emploi, soit 5% de taux de chômage, en 2012 ».
Le MEDEF aux anges, les syndicats outrés
Benoît-Roger Vasselin, représentant du MEDEF, se range fermement derrière le gouvernement : il se félicite de voir « les pouvoirs publics prendre le relais sur l’offre valable d’emploi ». De leur côté, les syndicats s’offusquent de voir le gouvernement piétiner leurs prérogatives. « C’est une décision annoncée sans aucun dialogue, dénonce Maurad Rabhi, secrétaire confédéral de la CGT. De manière unilatérale, le gouvernement rétablit une forme de dégressivité pour les plus précaires. Pour arriver aux 5 % de chômage, il va faire exploser le nombre de travailleurs pauvres. Et tout cela se déroule sans négociation, et avec la bénédiction du MEDEF. » Pour Annie Thomas, vice-présidente CFDT de l’UNEDIC, « le gouvernement a pollué le débat avec cette question de l’offre valable d’emploi. Cela fait plaisir à l’électorat de droite, mais ce n’est pas la peine de faire une conférence avec les partenaires sociaux pour habiller des décisions s’il n’y a pas de réponses aux vraies questions. » Même son de cloche à FO : « Il faut que le gouvernement nous laisse négocier sur toutes les questions, y compris l’offre valable d’emploi même si c’est un sujet compliqué », estime Stéphane Lardy.
Fanny Doumayrou avec T. L.
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