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Le grand frère Jah Fakoly auprès des sans-papiers

Le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly est venu soutenir les travailleurs en grève pour leur régularisation. Solidaire du mouvement, il en appelle à son unité.

On l’a souvent entendu sur scène dénoncer la politique postcoloniale de la France. Puis on l’a vu à Cachan, en août 2006, soutenir les mal-logés - dont certains en situation irrégulière - de l’ancienne cité universitaire. Hier, le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly est revenu dans le Val-de-Marne, pour rendre visite, cette fois, aux salariés sans papiers de l’entreprise de nettoyage Seni, au Kremlin-Bicêtre. L’un des sites occupés depuis presque un mois, à l’initiative de la CGT et de l’association Droits Devant !!, pour obtenir la régularisation de centaines de travailleurs étrangers. Beaucoup ont d’ailleurs quitté momentanément leur piquet de grève pour rencontrer « Tiken », artiste porte-voix des peuples d’Afrique. « Une personne en exil, un peu étranger dans votre ville, je suis un Africain à Paris », a-t-il chanté, hier, à la demande d’une journaliste.

« Ce n’est pas seulement parce que je suis africain que je suis venu. Même si, c’est vrai, je me sens encore plus concerné. C’est la soif de justice qui m’envoie ici. Ces personnes travaillent à des postes que les jeunes Français refusent, ils cotisent, paient des impôts. Ce ne sont pas des voleurs, ils sont dans leurs droits Ils doivent maintenant être dans la légalité », explique le reggae man.

Remerciements, poignées de main, photo avec un mobile, tout souvenir est bon à prendre pour les grévistes encouragés par leur invité de marque. « Vous avez des arguments, vous êtes utiles. Personne de viendra réclamer vos droits à votre place. Tenez bon ! » leur lance Fakoly. « Merci grand frère. On ira jusqu’au bout. Ça passe ou ça casse », répond un salarié.

Le musicien n’a pas de disque à vendre ni de tournée à promouvoir. Le sort des sans-papiers est une de ses préoccupations. « J’attendais ça depuis longtemps », dit-il au sujet de la grève simultanée lancée le 15 avril. Mais les perturbations qui règnent dans le mouvement depuis quelques jours (lire l’Humanité d’hier) l’attristent. « Il faut rester unis. En face, ils feront tout pour vous diviser, mais vous n’obtiendrez rien comme ça. C’est comme en Afrique : notre situation est due au fait que nous ne sommes pas réunis dans la même maison. Vous représentez une force, vous êtes soutenus par un syndicat reconnu. J’appelle tous les sans-papiers à se rassembler derrière lui. »

En effet, les divisions apparues au grand jour depuis l’occupation de collectifs parisiens de sans-papiers de la Bourse du travail sont du pain bénit pour Brice Hortefeux. Hier, le ministre de l’Immigration a répété que les préfectures avaient « quelques jours pour analyser chacune des situations, au cas par cas », et que le nombre de régularisations se limiterait « à quelques centaines ». Pour le moment, celles-ci tombent au compte-gouttes. La préfecture des Hauts-de-Seine a fourni des récépissés, dans l’attente de la fabrication de leurs titres de séjour, aux salariés du Café de la Jatte à Neully-sur-Seine et de Traiteur Passion à Colombes.

En Seine-Saint-Denis, ce sont douze personnes qui sont sur le point d’être régularisées. L’heure n’est donc pas à la division. « De toute façon, 90 % des grévistes sont également membres des collectifs de sans-papiers », témoigne un salarié de Paris Store.

Quels que soient les désaccords entre les différentes organisations, une seule question vaut alors d’être posée : comment permettre aux mille autres personnes dont les dossiers sont déposés par la coordination des sans-papiers 75 d’obtenir gain de cause ? Pour le syndicaliste CGT, Raymond Chauveau, l’un des initiateurs de la grève, « la lutte que nous menons va ouvrir des perspectives. Nous lancerons une deuxième vague de grèves, voire une troisième, une fois que nous aurons analysé la situation en fonction des réponses des préfectures. Le gouvernement ne pourra pas continuer à expulser d’un côté tout en régularisant de l’autre. Il est coincé et il faudra bien qu’il ouvre une discussion générale sur la politique d’immigration ». Une position à laquelle se sont ralliées de nombreuses organisations. La grande manifestation unitaire du 10 mai sera l’occasion de le rappeler.

Ludovic Tomas
Article publié dans l’Humanité du 5 mai 2008

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Tag(s) : #Politique
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