vendredi 25 avril 2008 / "le Patriote"
« Le retour de l’inflation menace le pouvoir d’achat », « la hausse des prix fait craindre la spirale inflation-salaire », et puis localement « Produits de grande consommation : Nice et Antibes plus chers que Paris », ces titres de dépêches de presse illustrent l’actualité de la vie chère. Ce sont les ménages moyens et modestes qui sont le plus affectés : les produits qui augmentent, énergie, alimentation, loyers,… absorbent l’essentiel de leurs revenus. A nouveau des campagnes médiatiques se déploient pour renvoyer à des « fatalités », les causes de ces hausses. Accompagnés d’invitations renouvelées à la « modération salariale », comme si les salariés étaient les fauteurs de hausse des coûts ! Et dans ce pays d’Azur, des particularités accentuent cette tendance générale au rançonnement par les prix : cher, très cher Soleil ! De plus en plus, en France, en Europe et dans le monde le monde du travail relance la question salariale. De Dacia en Roumanie, aux salariés du commerce en France ou aux fonctionnaires et sidérurgistes en Allemagne. L’inflation : mécanismes et causes
L’analyse économique classique définit l’inflation comme un processus durable de hausse de l’ensemble des prix, formant ce qu’il est convenu d’appeler une « spirale inflationniste ». Elle met en évidence quatre causes. L’inflation par la demande : trop de demande de produits par rapport à une offre rare. L’inflation par les coûts :la hausse des prix des composants des produits, investissements, travail, matières premières. L’inflation par la monnaie : excédent de création monétaire par rapport à l’activité économique générale. L’inflation par les structures économiques : quand un manque de transparence ou une situation de monopole ou de « marché captif » poussent à des hausses de prix.
En rester là permet de mener toutes les campagnes fatalistes ou culpabilisatrices. Que ce soit celles de monsieur Trichet, président de la BCE contre les revendications salariales en Europe. Où celles qui accusent des « choses », les pénuries de matières premières ou agricoles par exemple qui expliqueraient l’explosion de leurs cours. Où bien des fatalités de marchés, « la pénurie foncière » ici, « la croissance chinoise » ailleurs.
Et voilà maintenant que la « mondialisation » entre dans la danse des explications. D’où ce titre du Monde du 4 avril « Après avoir fait baisser les prix, la mondialisation attise leur flambée ». Autrement dit après avoir dit au « salarié-consommateur » européen, que certes il payait la mondialisation par une pression à la modération de son salaire, mais qu’il y gagnait en tant que « consommateur », on lui présente maintenant une double facture : en austérité salariale comme producteur et en hausse des prix comme consommateur ! Dépasser l’apparence des « choses »
Derrière chaque prix il a des rapports sociaux à la fois de création et de répartition de richesses. Les examiner éloigne du « paradis » de la loi de l’offre et de la demande, où la « souveraineté » du consommateur arbitrerait par les prix grâce à une « concurrence libre et non faussée ». Prenons l’exemple des matières premières industrielles ou agricoles. Ce sont des marchés dont les pays producteurs, notamment quand ils sont émergeants ne maîtrisent ni les cours, ni les monnaies de facturation. Ceux ci dépendent de grands marchés situés à Paris, Amsterdam, Londres ou New-York. On y spécule, y compris sur des marchés à terme, espérant une plus value entre la date d’achat et le prix obtenu le jour de la revente. Comment expliquer autrement que fin mars le prix du riz ait augmenté de 31% en quelques heures.
Ainsi les marchés financiers, en perte sur les « subprimes » ou les bons du Trésor américains se recyclent sur les matières premières. Ils y recyclent notamment les crédits que leur délivrent abondamment les banques centrales (BCE, Réserve Fédérale US…) qui ont injectées quelques 2000 milliards de dollars dans l’économie depuis l’été dernier pour le sauvetage d’un système bancaire gangrené par la frénésie financière.
La responsabilité d’un système
Ajoutons à ce panorama, d’autres mécanismes à l’œuvre dont les médias ne parlent que peu ou jamais. Ainsi le commerce international de marchandises se fait majoritairement maintenant dans le cadre d’un commerce « intra-firme », autrement dit entre les filiales d’un même groupe, d’un pays à un autre. Ce qui donne toute latitude à ces firmes pour jouer sur les prix relatifs, et localiser le bénéfice dans le pays fiscalement le plus avantageux. De la même façon que l’ensemble des marges de la chaîne de commercialisation des produits seraient à revisiter. Ce n’est pas un hasard si Compagnies Pétrolières et grands groupes de la Distribution font la course en tête du CAC40.
Et, plus profondément encore, que pensez, avec le recul, des orientations de développement qu’un marché inapte à dépasser une vision de profit à court terme, a imposé du Nord au Sud. Imposant au Nord l’idée que l’industrie, le ciment, la sidérurgie, etc… c’était dépassé. Exigeant du Sud, l’abandon de cultures vivrières au profit de cultures d’exportation, au détriment de la sécurité alimentaire.
On dépasse ainsi l’explication vendue au consommateur français, que la hausse du prix de son paquet de riz, c’est la faute aux chinois et aux indiens qui mangent mieux grâce à la mondialisation ! Et les marchés bancaires, réseaux commerciaux internationaux et circuits de distributions qui se goinfrent jusqu’à l’indigestion financière, on en parle quand ?
L’urgence de revaloriser les salaires
Mettre en cause les hausses de salaires dans la résurgence de l’inflation est disons le tout net une imposture, pire une provocation. Si l’on considère la meilleure période pour la part du travail dans le partage de la valeur ajoutée, de la richesse crée par l’activité économique, celle ci a culminée vers 1982 avec 68% de la richesse crée. Depuis, elle a reculé de l’ordre de 10 points. Les bas salaires sont devenus massifs, avec de l’ordre de 17% des salariés payés au SMIC. De plus la proportion de salariés à temps partiel a triplé passant de 6% à 18%, et beaucoup sont dans des formes atypiques d’emplois (intérim, précaires, saisonniers…) a augmenté. Globalement les salaires ont augmenté moins vite que la productivité horaire, et rappelons que la productivité horaire des salariés en France est une des meilleures du monde.
Dans le même temps les inégalités de revenus et de patrimoine explosent 10% des ménages les plus riches possèdent 46% de la fortune nationale, les 50% les moins riches en possèdent 7% au total ! Et le « paquet fiscal » de l’été 2007 a pour l’essentiel été fait pour ces 10% de ménages les plus fortunés.
Contre la financiarisation et contre l’inflation : un même combat De même que le capital a utilisé la mondialisation, c’est à dire l’insertion dans le champ de l’exploitation capitaliste moderne de centaines de millions de salariés nouveaux, notamment des pays dit émergeants, comme un outil de déflation salariale gonflant les profits. Les revendications salariales en Inde, en Roumanie, en France, montrent que ce système de sur-exploitation est contesté. C’est une très bonne nouvelle. Non seulement pour modifier le partage de la richesse crée, mais aussi pour remettre le monde sur ces pieds en luttant contre l’enflure financière.(1)
Par l’inflation, comme elle l’a déjà fait dans les décennies 70-80, la partie dominante du capital tente de relever son taux de profit au détriment de l’ensemble de la société. Or ce taux de profit dopé par les exigences de « retour pour l’actionnaire » des fonds spéculatifs est devenu proprement insoutenables. Dans le capitalisme contemporain l’inflation a principalement pour cause et fonction de nourrir ces sur-profits de la fraction dominante du capital. C’est pourquoi elle pénalise d’abord les titulaires de bas salaires ou ceux de revenus peu évolutifs, ( retraités, titulaires de minima sociaux,….) mais aussi des sous traitants rançonnés par les donneurs d’ordres, des petits producteurs agricoles,…La combattre c’est combattre la financiarisation. Jean Paul Duparc
(1) voir le très bon dossier de L’Humanité du 11 février 2008 « « Face au capitalisme financier, nous ne sommes pas
désarmés »
http://www.le-patriote.info/spip.php?article1481
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