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Société - Article paru le 25 avril 2008 dans l'Humanité

Un mouvement en crise de croissance

Sans-papiers . Alors que huit cents demandes de régularisation ont été déposées dans les préfectures d’Île-de-France, la grève des travailleurs sans papiers prépare son extension.

Il s’agissait de faire le point sur le mouvement. Mais, mercredi soir, la « réunion publique d’information et de solidarité avec les travailleurs sans papiers », organisée par la CGT et Droits devant, a failli virer à la panique pour les militants chargés du service d’ordre. Le bouche à oreille, vraisemblablement. Toujours est-il que l’annexe de la Bourse du travail de Paris, où se déroulait la rencontre, près de la place de la République, est restée impénétrable pour des centaines de personnes. Des salariés en situation irrégulière, pour la plupart. Et nombreux, sans doute, à ne pas faire partie des quelque huit cents dossiers déposés, le jour même, dans cinq préfectures d’Île-de-France, en vue d’une régularisation. Une cohue à l’image de l’immense espoir créé par cette grève historique mais qui confirme également que les centaines de salariés organisés collectivement ne sont que la partie visible et déclarée de beaucoup d’autres cas vivant la même situation.

Cette grève porte un message universel

Une évidence que rappelle Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT : « Il y a entre 200 000 et 400 000 sans-papiers en France, et 90 % d’entre eux travaillent… »

« Ces six cents grévistes sont à la pointe du mouvement pour la régularisation de tous les travailleurs sans papiers », affirme Raymond Chauveau, responsable du syndicat dans l’Essonne, l’un des initiateurs de la lutte avec Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits devant. Pour ce dernier, « de Saint-Bernard à aujourd’hui, il y a un fil conducteur ». Au bout de plus d’une décennie de luttes, l’opinion publique « commence à mettre devant le terme sans-papiers le mot travailleurs ». Francine Blanche estime, de son côté, que cette grève porte un message universel à destination de tous les travailleurs : « Si on veut gagner des droits en France, ce n’est pas possible d’avoir des salariés de deuxième ou de troisième catégorie qui n’ont rien. »

Face à l’ampleur du mouvement et à sa capacité à s’étendre encore, les initiateurs ne cachent pas leur volonté de s’engouffrer dans la brèche. « Si nous avons organisé cette grève, c’est aussi parce que nous savions ce que cela allait susciter », reconnaît Raymond Chauveau. Et d’évoquer les sollicitations incessantes de nouveaux demandeurs dans les permanences syndicales et associatives. « Cela pousse très fort », confirme Jean-Claude Amara. Pour l’heure, la priorité est bien la régularisation dans les plus brefs délais des situations transmises aux préfets. « Nous attendons que le gouvernement donne des signes clairs et incontestables de sa volonté de régler ces dossiers. Après, on verra… », indique Raymond Chauveau.

Appels au maintien des piquets de grève

Dans l’attente des convocations par les préfectures, après l’examen des demandes, les travailleurs en lutte et leurs soutiens appellent au maintien des piquets de grève sur l’ensemble des sites concernés. Certaines entreprises, comme Modeluxe, Millenium et Fabio Lucci, sont également visées par des actions en référé au tribunal des prud’hommes pour des motifs de non-respect de « droits élémentaires qui vont au-delà de la question de la régularisation ». Si de plus en plus d’employeurs, rejoints par les organisations patronales des métiers de l’hôtellerie et de la restauration, se sont soudainement convertis aux bienfaits de la régularisation massive, c’est, selon Raymond Chauveau, « parce qu’ils tremblent de nous voir débarquer dans leurs entreprises pour l’occuper. Il faut donc maintenir la pression ». En revanche, la Fédération des entreprises de propreté (FEP), dont les locaux situés à Villejuif (Val-de-Marne) sont occupés depuis le 15 avril, a demandé devant le tribunal des référés de Créteil l’expulsion des grévistes. La décision est attendue dans la journée.

Au café de La Jatte, sur l’île du même nom, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), les dix salariés qui ont rejoint le mouvement samedi dernier sont sortis de la préfecture de Nanterre, mercredi après-midi, avec une autorisation de circuler et de travailler sur le territoire valable jusqu’au 5 mai, date à laquelle ils seront définitivement fixés sur leur sort. Aujourd’hui, c’est au tour de grévistes de Colombes, dans le même département, d’être reçus. Le département fleuron du sarkozysme tenterait-il de donner l’exemple ? Mais le passif est bien trop lourd pour croire en un acte de repentance - un mot que le locataire de l’Élysée exècre.

Ludovic Tomas

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Tag(s) : #Politique
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