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Politique - Article paru le 25 avril 2008 dans l'Humanité

social - économie

Les actionnaires d’EADS en demandent toujours plus !

Externalisation des activités, suppressions d’emplois, vente de sites industriels, la direction d’Airbus cherche à accélérer la mise en oeuvre de son plan Power 8.

Toulouse, correspondant régional.

Annoncé le 28 février 2007 par Louis Gallois à Toulouse, cela fait maintenant plus d’un an que la direction du groupe EADS, maison mère d’Airbus, met en oeuvre le plan Power 8 de suppressions massives d’emplois chez le constructeur aéronautique européen et les sous-traitants, et souhaite vendre six sites industriels en Europe, dont ceux de Saint-Nazaire Ville et de Méaulte, sous le nom de projet Zéphir. « Si Power 8 n’est pas appliqué rapidement, avait alors menacé le directeur financier d’Airbus, Hans Peter Ring, notre rentabilité serait en jeu et nous ne pourrions pas répondre aux attentes du marché ».

Après les retards de production accumulés du gros-porteur A380, c’est pour l’essentiel le décrochage entre le dollar faible et l’euro fort qui est constamment mis en avant par la direction du groupe pour justifier le vaste plan de restructuration, de cession de sites et d’externalisation d’activités. Comme pour l’activité structure, dont la moitié serait cédée à d’autres partenaires acceptant de partager les risques financiers. Pour la fabrication du futur A350, les activités externalisées passeraient de 25 % à 50 %. Sans minimiser les problèmes posés par la politique de l’euro fort, avec des avions vendus en dollars et des salaires, pour une part, versés en euros, beaucoup estiment aujourd’hui que les dirigeants du groupe exagèrent l’impact de ce déséquilibre monétaire pour accélérer la réduction des coûts, restructurer et inciter aux délocalisations industrielles des pays européens vers des zones dollars et des pays à bas coûts. Tom Enders, patron d’Airbus, a récemment déclaré, sous prétexte d’un décrochage accentué du dollar, que Power 8 ne serait pas suffisant, « que des efforts supplémentaires » devraient être engagés.

Il s’avère que les choix opérés par les dirigeants et les actionnaires d’EADS, avec leurs exigences démesurées de retour financier rapide, menacent le potentiel industriel de l’Europe aéronautique.

Les capitaux privés en demandent toujours plus et bien plus rapidement que ce que peut réellement assurer la réalisation d’avions, qui nécessite du long terme pour la recherche et le développement, pour la mise en oeuvre des programmes et les premiers gains financiers d’une nouvelle famille d’avions. N’est-ce pas aussi cette exigence du privé qui explique l’échec de la direction d’Airbus pour vendre ses trois sites allemands ? Elle doit aujourd’hui les regrouper sous une filiale à 100 % EADS. Les décisions de vente des autres sites pourraient être finalisées dans la deuxième quinzaine de mai, lors d’un conseil d’administration. Pressés, EADS et Airbus « veulent annoncer le mois prochain aux marchés financiers qu’une partie de leurs objectifs ont été atteints », peut-on lire dans la Tribune de lundi dernier.

Le fabricant toulousain d’aérostructures Latécoère, présenté comme probable repreneur (à 60 %) de l’usine de Méaulte et de celle de Saint-Nazaire, peine à mobiliser les fonds nécessaires pour ces investissements. Les seuls engagements viennent de la Caisse des dépôts et consignations et du gouvernement au titre d’avances remboursables, c’est-à-dire des fonds publics. La direction de Latécoère a beau faire miroiter une marge opérationnelle de 8 % pour 2010 et 10 % à plus long terme, ces prévisions ne semblent guère convaincre les marchés financiers. Déjà largement délocalisé en Tunisie, au Brésil et en République tchèque, le groupe Latécoère projette la construction d’un site au Maroc ou en Tunisie. Sur les 1 500 créations d’emploi prévues d’ici 2010, un millier seraient ainsi délocalisées.

l Député au Parlement européen, Jacky Hénin soutient l’action des salariés d’Airbus : « Ils se battent non seulement pour leur emploi, mais aussi pour l’avenir industriel de l’aéronautique française et européenne. »

Alain Raynal

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Tag(s) : #Politique
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