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Société - Article paru le 23 avril 2008 DANS L'Humanité

Les sans-papiers marquent un point

Sans-papiers . Lundi soir, le ministère a ouvert la porte à une régularisation au cas par cas des travailleurs grévistes, invitant à présenter les dossiers aux préfectures pour une « étude positive ».

Le dépôt des dossiers de demande de régularisation des salariés sans papiers grévistes a commencé hier soir, dans les préfectures des cinq départements d’Île-de-France. C’est le résultat des négociations ouvertes, lundi soir, par le ministre de l’Immigration avec la CGT et Droit devant, à l’origine du mouvement, qui a touché, en une semaine, dix-sept lieux et six cents salariés. Ces six cents personnes seront régularisées au cas par cas, après une étude « positive » de leur dossier, dans le cadre des 150 métiers « sous tension » définis par le ministère, dans les branches de l’hôtellerie, de la restauration, du bâtiment et des travaux publics et des services. Le ministre, en décembre, avait publié une circulaire, qualifiée par certains de « raciste », pour faire appel aux salariés d’Europe de l’Est dans ces disciplines en vertu de l’application d’une directive européenne et réserver aux ressortissants des pays tiers une trentaine de métiers très qualifiés.

Mais les emplois sous-qualifiés sont déjà occupés, parfois depuis plus de dix ans, par des sans-papiers munis ou non de faux documents. C’est donc une brèche qui s’ouvre pour des salariés en danger de rafle au faciès et d’expulsion. D’autant que les employeurs sont maintenant obligés de faire valider leurs nouvelles embauches par les préfectures et de licencier les salariés en défaut de titre. Pour Francine Blanche, secrétaire nationale de la CGT, à la sortie de la rencontre : « Nous avons pas mal avancé, on a peut-être devant nous une sortie de crise. » Pour Jean-Claude Amara, de Droit Devant !!, c’est une brèche ouverte entre la politique gouvernementale et le réalisme économique de certains patrons.

« régularisation massive »

Brèche qui laisse bien des questions en suspens. La première concerne le nombre de travailleurs, qui ont mis leur vie en danger en sortant de l’ombre, qui verront leur dossier passé l’obstacle de la préfecture. L’histoire de la circulaire sur la régularisation des enfants scolarisés sans papiers a laissé des traces dans la mémoire des militants.

La seconde question est celle des employeurs. Pour l’instant, seul le président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers, traiteurs, Didier Chenet, s’est prononcé clairement pour une « régularisation massive » selon les besoins du marché. « Le cas par cas n’est pas une solution », a-t-il déclaré, craignant la lenteur de la procédure qui risque d’obliger les chefs d’entreprise à licencier : « Pour nous, ce sera un non-sens et une perte économique… Quand bien même on régulariserait tous ces sans-papiers, on aurait encore besoin d’autres salariés, et, de toute façon, ils ne prennent pas la place d’autres salariés. » Il est le seul à être aussi précis. Les autres secteurs jouent la politique de l’autruche et gardent un silence d’autant plus prudent qu’ils n’ont parfois même pas besoin qu’on leur présente de faux papiers pour embaucher, que leurs salariés ne travaillent pas directement sur leur site, que le renouvellement de leur main-d’oeuvre se fait au gré d’un chantier par sous-traitant interposé… Ces sans-papiers-là continueront donc à rencontrer de nombreuses difficultés pour mettre en place une action collective. Situation qui permet aux patrons de ces secteurs de ne pas être mis en cause et de pouvoir se permettre toutes les entorses possibles au droit du travail. Si l’hôtellerie emploie plus de 50 000 sans-papiers, il en resterait plus de 300 000 qui travailleraient ailleurs.

Les sans-papiers toujours en colère

Et c’est justement pour ces salariés que se pose la troisième question. Le mouvement va-t-il faire tache d’huile, comme Jean-Claude Amara déclare le vouloir, et obliger le gouvernement à une mesure globale qui irait à l’encontre de toute sa politique ? Pour l’instant, même en acceptant de demander aux préfets un examen positif des demandes, le gouvernement reste dans le cadre de ses circulaires et de ses lois. Il se contente de passer par-dessus la circulaire des « métiers Union européenne et pays tiers ». Alors, « véritable sortie de crise » ? Volonté de faire retomber le mouvement comme un soufflé comme le craignent déjà certains ? Une seule chose est sûre, la colère des sans-papiers est, elle, intacte.

Émilie Rive

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Tag(s) : #Politique
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