Le piège institutionnel s’est refermé sur l’ensemble de la gauche
« Vous ne changez pas la nature du régime : il ne devient ni plus présidentiel ni plus parlementaire », déclarait Lionel Jospin, le 19 décembre 2000, devant les députés à qui il demandait d’inverser le calendrier électoral afin que l’élection présidentielle précède l’élection législative.
Quelques mois auparavant, le 24 septembre, une révision constitutionnelle approuvée par référendum (1) avait remplacé le septennat par le quinquennat. Sur 40 millions d’électeurs, seulement 12 millions avaient voté et, parmi eux, 7,4 millions avaient approuvé la réforme ; 69,7 % des électeurs s’étaient abstenus, un record absolu pour un référendum sous la Ve République. Huit ans plus tard et après deux élections présidentielles, tout le monde s’accorde sur le fait que ces changements ont fortement accru la présidentialisation du régime. La concomitance entre les mandats du président de la République et des députés, l’élection de ces derniers dans la foulée de celle du président et la constitution d’une majorité qui lui est redevable sont autant de facteurs qui tendent à transformer le chef de l’État en chef de la majorité et du gouvernement. Quant au Parlement, qui a pour interlocuteur un premier ministre marginalisé, il se retrouve lui-même dévalué. Dans l’année qui vient de s’écouler, les interventions multiples de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers sur tous les terrains ont été une illustration frappante de cette évolution, entraînant couacs et tensions au sommet de l’État.
Mais cette présidentialisation accrue a fait de l’élection présidentielle, une élection phare qui occupe tout l’espace politique en permanence et d’autant plus que le rythme des échéances s’est accéléré. Elle a renforcé la bipolarisation en ramenant l’enjeu politique à l’affrontement paroxysmique des deux candidats du second tour. Constitution d’écuries présidentielles, recherche et promotion de personnalités charismatiques et médiatiques, intervention d’instituts de sondage qui orientent l’intérêt des électeurs, on est loin du débat argumenté impliquant tous les citoyens et visant à approfondir les choix de société. Loin d’un progrès de la démocratie.
Acteur majeur de ces évolutions institutionnelles, qu’il croyait à son avantage, le PS a perdu, coup sur coup et largement, deux élections présidentielles pour lesquelles il était, au départ, donné gagnant. Mais déjà, à quatre ans de la prochaine, les présidentiables socialistes se jaugent. Le député Arnaud Montebourg, fervent partisan d’une VIe République primo-ministérielle et parlementaire, ne se fait plus entendre sur le sujet depuis son engagement dans la campagne de Ségolène Royal. « Ce parti doit oser paraître ce qu’il est, c’est-à-dire assumer le fait qu’il est un grand parti présidentiel, et donc rompre avec les ambiguïtés institutionnelles du modèle d’Épinay », conseille le politologue Gérard Grunberg (cité par le Monde) en plaidant pour des primaires à gauche. Une idée qui séduit plusieurs dirigeants du PS mais qui pourrait ressembler à une fuite en avant dans la présidentialisation et la bipolarisation.
Avec 1,93 % en 2007 (après les 3,37 % en 2002), le PCF a perdu de sa crédibilité dans cette élection alors que ses résultats aux municipales et aux cantonales montrent que ce score ne reflète ni son implantation ni son rayonnement. Il est aujourd’hui devant une contradiction de taille entre, d’une part, sa critique radicale du régime présidentiel et, d’autre part, sa participation, jusqu’à présent au plus haut niveau, à ce scrutin. Quel sens doit-il donner à son implication dans cette élection ? C’est une question qu’il sera certainement amené à affronter lors de son prochain congrès.
Reste donc, pour l’ensemble de la gauche, qui ne peut donner toute sa mesure et rester fidèle à ses valeurs qu’en poussant au maximum la démocratie, à se donner les moyens de déjouer le piège institutionnel de l’élection présidentielle.
(1) RPR, PS, DL et l’UDF sont partisans du « oui », le PCF appelle à l’abstention.
Jacqueline Sellem
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