Jouer collectif contre les menaces sur l’éducation
Bien avant que la mobilisation nationale prenne de l’ampleur, collèges et lycées d’Aubervilliers, classés en zone d’éducation prioritaire, avaient pris le taureau par les cornes. Dès le mois de février, chaque établissement s’est mobilisé. Au lycée professionnel Jean-Pierre Timbaud, la dotation horaire imposait « le regroupement de sections de CAP, le passage des bacs professionnels en trois ans au lieu de quatre (1), la perte de cinq postes de professeurs… », rappelle Caroline Marsil, professeur de lettres et langues et membre de la CGT éducation. Résultat de « la grève de deux jours » avec délégation au rectorat : deux postes sauvés, ainsi que les deux sections de CAP. Rien sur les bacs professionnels, mais « la mobilisation des élèves y a remédié » : le projet sera suspendu.
Même succès relatif au collège Jean-Moulin (un poste sauvé sur cinq). « Mais c’est toujours insuffisant », pointent collectivement les professeurs d’Aubervilliers, qui se réunissent régulièrement en assemblée générale. Les suppressions de postes font encore « peser une menace » sur le collège Rosa-Luxemburg (sept postes), le lycée Le Corbusier (six postes). « L’enjeu est national, et récurrent, pointe Pascale Balbo, de SUD éducation, documentaliste au LP Jean-Pierre-Timbaud. Même si on récupère des profs cette année, on devra mener la même bataille l’an prochain… »
Les enseignants de la cité scolaire Henri-Wallon, eux, ne sont plus mobilisés. Leurs dix jours de grève de février ont payé. Après les vacances, professeurs et élèves s’apprêtaient à retourner manifester devant le rectorat. Mais, en s’invitant au conseil d’administration, le recteur a annoncé qu’il reculait. Alors que sept classes (six au lycée, une au collège) étaient menacées, « on a récupéré pratiquement toutes nos heures de cours », explique Mathew Berrebi, professeur de mathématiques au lycée, qui nuance : « Des 17 ou 19 postes qu’on nous annonçait supprimés, douze sont sauvés, cinq sont perdus (trois au lycée, deux au collège) ». Un bilan positif, même si l’avenir reste incertain. « Le rectorat a avancé des pions sur la contractualisation, l’autonomisation des établissements… Avec une évaluation de nos résultats sur trois ans », tempère-t-il.
Surtout, l’octroi du label « lycée d’excellence » est vécu comme « une tentative d’alimenter un contre-feu pour parer aux revendications des grévistes », rapporte Aubermensuel, le journal municipal daté d’avril. « Wallon était très combatif, souligne Mathew Berrebi. Ils ont cédé parce qu’ils ne voulaient pas qu’on devienne le moteur de la mobilisation. » Pari gagné : ce qui sonne comme une victoire a éloigné professeurs et élèves des manifestations. Pour un temps. Car si les vacances qui arrivent peuvent les dissuader de soutenir un mouvement continu, les établissements albertivillariens pourraient organiser une nouvelle manifestation locale, le 15 mai, avant de rejoindre le cortège national, à l’appel de 18 organisations de lycéens, d’enseignants et de parents d’élèves.
(1) Ce qui revient à la suppression du BEP qui permet à des élèves en difficulté,dans les lycées professionnels, d’arriver en quatre ans, à partir de la troisième, au bac professionnel.
Grégory Marin
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)