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International - Article paru le 14 avril 2008 dans l'humanité

Editorial par Patrick Apel-Muller

La faim de l’histoire

Haïti est insurgée. Les émeutes de la faim sautent d’un continent à l’autre. Un jour en Égypte, au Maroc ou au Burkina Faso, le lendemain en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Mexique, en Thaïlande, au Sénégal, à Madagascar. Le prix moyen d’un repas a augmenté de 40 % dans le tiers-monde et des dizaines de millions de personnes ont basculé dans la misère absolue, celle où il devient impossible de se nourrir. Ne nous avait-on pourtant pas assuré que le triomphe planétaire du capitalisme, la mondialisation de la finance et des échanges allaient assurer la prospérité générale… mais la fin de l’histoire s’est avérée la faim de l’histoire.

Les institutions financières internationales et les commentateurs qu’elles appointent invoquent là de mauvaises récoltes, ici les changements climatiques… Une fois encore en plaidant la fatalité ou les malédictions, les grands de ce monde tentent de masquer l’origine des maux, l’appétit insatiable des grands capitaux. La Banque mondiale et le FMI ont imposé aux pays pauvres l’abandon des cultures vivrières au profit de matières premières à exporter. Les grands groupes en contrôlent les flux sur lesquels ils pilotent les spéculations. C’était la condition mise aux crédits pour le développement avec l’obligation de destruction des services publics ou des entreprises nationales. La hausse des prix de l’énergie, qui engraisse les compagnies pétrolières, pousse à produire des carburants verts qui enlèvent déjà de vastes surfaces aux denrées alimentaires. Les fonds spéculatifs, inquiets des fluctuations du dollar et de la crise bancaire, se sont massivement réinvestis dans les spéculations sur les matières premières agricoles, jouant à fond la hausse… Ils sévissent là, comme ils ravagent l, favorisent le dumping social, écrasent le coût du travail (donc les pouvoirs d’achat) avec la complaisance des dirigeants politiques ou économiques.

Plusieurs pays du tiers-monde ont interdit les exportations agricoles. Mais l’OMC persiste à libéraliser les échanges, à interdire les subventions agricoles et les droits de douanes. « Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant… les conséquences seront terribles », déplore le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Le président de la Banque mondiale évoque le besoin d’un « new deal » alimentaire. La Commission européenne annonce qu’un « choc alimentaire se profile, moins visible que le choc pétrolier, mais avec l’effet potentiel dvrai tsunami économique et humanitaire en Afrique ». Mais qu’ont-ils fait ces dirigeants du monde quand l’aide aux pays pauvres a baissé de 17 % en deux ans ? Qu’a dit Rama Yade quand les sommes consacrées par la France ont été brutalement réduites par son protecteur Nicolas Sarkozy ? Sans doute, la survie de millions d’êtres humains n’est-elle pas élevée à ses yeux au rang de droit de l’homme. La seule chose que Bernard Kouchner ait trouvé à envisager c’est une « task force » sur la sécurité alimentaire, une répétition jaunie des sacs de riz en Somalie !

Mais, pour ces adorateurs du marché, il ne faut surtout pas toucher à un système qui, pourtant, met en cause le développement - dans ces conditions presqu’aucun pays n’atteindra en 2015 les objectifs du millénaire sur lesquels s’était engagé l’ONU - , la durabilité des ressources en ravageant les ressources en eau et l’équilibre des productions, et même la survie de l’humanité menacée par l’épuisement de la planète et des guerres de la faim. Le primat de l’intérêt général - du bien et de l’avenir commun - sur le profit capitaliste est devenu un impératif vital. Il implique des politiques de maîtrise publique des ressources et du crédit, il impose de brider la liberté des marchés financiers. Tout autre choix serait aveuglement, soumission veule à des intérêts puissants ou dogmatisme borné. La mondialisation capitaliste signe son échec en famines modernes.

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Tag(s) : #Monde
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