Monde
L’Afrique éreintée par la hausse des prix
Abidjan (Côte d’Ivoire), correspondance particulière.
Depuis hier, le Burkina Faso, petit pays d’Afrique de l’Ouest, est en grève. Motif : la cherté de la vie. Les syndicats, en tête desquels la Confédération générale du travail du Burkina (CGTB), demandent une augmentation des salaires et, surtout, une « réduction significative » des prix des denrées de première nécessité : riz, mil, maïs haricot, sel, sucre, lait… Plus inattendu, la Côte d’Ivoire, pays riche parmi les pauvres, a connu à son tour des manifestations la semaine dernière. L’intervention musclée des forces de l’ordre a causé la mort de deux personnes.
En Afrique de l’Ouest, où bien souvent on travaille pour manger, la hausse des prix a des conséquences lourdes pour la vie des familles, obligées de faire l’impasse sur certaines denrées. Cela secoue aussi les pouvoirs en place, plus ou moins prompts à répondre aux attentes des manifestants. Dont les slogans s’adressent directement aux chefs d’État et s’élargissent bien souvent à d’autres revendications. Au Burkina Faso, les syndicats défilaient ainsi hier contre « la vie chère, la corruption, la fraude et l’impunité ».
Ces derniers mois, de violentes manifestations, souvent durement réprimées, ont eu lieu dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest (Burkina, Côte d’Ivoire, Sénégal ou Cameroun). Au Burkina Faso, certains dirigeants politiques et syndicaux sont en prison depuis les premiers mouvements de protestation, fin février.
Généralement, les autorités contiennent la hausse des prix en abaissant les droits de douane et les taxes, comme la TVA. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les finances publiques du pays. De telles mesures, décrétées la semaine dernière en Côte d’Ivoire, devraient coûter à l’État quelque 5,8 milliards defrancs CFA (8,8 millions d’euros). À l’heure où le pays peine à payer les salaires de ses fonctionnaires, les conséquences risquent d’être vite désastreuses.
« Pour ce type de problème urgent, il faut d’abord un dispositif de protection sociale, sous forme d’aide économique ou alimentaire, en particulier pour les urbains pauvres », estime Daniel Sellen, représentant par intérim de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire. « En voulant faire baisser les prix, le gouvernement applique une recette désastreuse car cela risque de créer des ruptures de stock chez les producteurs », ajoute-t-il.
Daniel Sellen n’évoquera pas naturellement les responsabilités des institutions financières internationales (FMI et BM). Celles-ci ont pourtant fait pression sur les pays du Sud pour qu’ils développent des cultures de rente, destinées aux exportations afin de faire rentrer les devises indispensables au remboursement de leurs dettes respectives. Ce faisant, ils ont dramatiquement réduit leurs domaines d’agriculture vivrière. Celui-là même qui les rend indépendants et leur fait si gravement défaut aujourd’hui…
Vincent Defait
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)