La fronde des Égyptiens contre la vie chère
La mort d’un adolescent, Ahmad Ali Hamada, quinze ans, lors de heurts entre la police et des manifestants dimanche et lundi dans la cité industrielle de Mahalla dans le delta du Nil, illustre, on ne peut mieux, le climat tendu régnant en Égypte. Selon un responsable syndical, Mustapha Fodda, cité par l’AFP, les policiers ont dispersé lundi les manifestants par des tirs de grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc, faisant 88 blessés. Selon le syndicaliste, les accrochages se seraient étendus dans la nuit de lundi à mardi à deux villages proches de Mahalla. Le calme semblait revenu dans cette ville considérée comme le principal foyer de contestation social du pays, même si la tension restait très perceptible.
Flambée des prix des produits de base
En raison de la flambée des prix des produits de base qui frappe de plein fouet les couches pauvres du pays, le mécontentement social n’a pas tardé à s’exprimer sous forme de manifestations de rues au Caire et dans plusieurs localités du pays. Toutefois l’appel lancé par la formation Kefaya (Ça suffit) à l’organisation de sit-in contre la hausse de prix dans 26 gouvernorats du pays, y compris au Caire, couplé à un mot d’ordre de grève générale lancé via Internet, pour la journée de dimanche, n’a pas été suivi d’effet. L’avertissement lancé par le ministère de l’Intérieur a, semble-t-il, dissuadé les Égyptiens d’y prendre part.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : les quelques mesures d’urgence décrétées par le gouvernement - suspension pour six mois des exportations de riz - ne sont pas parvenues à juguler la hausse vertigineuse des prix, hausse qui s’est traduite par une augmentation de 50 % des dépenses des ménages, et qui nourrit l’exaspération d’une majorité d’Égyptiens.
C’est dans ces conditions de fortes tensions sociales qu’ont ouverts hier les bureaux de vote pour le renouvellement des conseils municipaux. N’ayant pas la tête aux élections, les Égyptiens ne se sont pas bousculés devant les urnes. La participation sera vraisemblablement l’une des plus faibles que le pays ait connues. Ce taux de participation constituait d’ailleurs le seul enjeu d’un scrutin où, selon l’agence de presse Middle East News Agency, le Parti national démocrate (PND) est assuré de remporter par défaut près de 70 % des sièges en lice où il n’y avait qu’un seul candidat, celui du pouvoir.
Appel au boycottage des élections
En effet, le parti du président Moubarak se présente pratiquement seul dans ce scrutin avec ses 52 000 candidats et n’a pour adversaires que le millier de candidats du parti Wafd (libéral) et du parti du Rassemblement (ex-communiste). Quant à la principale formation de l’opposition, les Frères musulmans, formation non reconnue mais tolérée par les autorités, elle a fini par jeter l’éponge appelant la population à boycotter le vote.
Pourtant, ce scrutin était crucial pour les islamistes. Ils escomptaient présenter des candidats sous une étiquette indépendante dans au moins 20 % des circonscriptions afin de rafler un nombre de sièges suffisants pour être en mesure de présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2011. Il faut savoir que, selon la loi électorale égyptienne, pour être candidat au scrutin présidentiel il est indispensable d’obtenir les signatures de 68 députés et celles de 148 élus municipaux.
Si les islamistes qui disposent de 88 députés au Parlement sont en mesure de remplir la première condition, ils n’étaient plus en mesure de satisfaire à la seconde : sur les 5 700 candidats présentés au scrutin municipal, seuls 20 ont été autorisés à concourir. Asphyxiés par diverses mesures administratives couplées à des centaines d’arrestations, les Frères musulmans, qui se proposent d’instaurer la charia (loi religieuse), ont été, de fait, mis hors course par le pouvoir politique.
Hassane Zerrouky
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