68 votre mémoire au pouvoir
Quarante années après…
Jacky Mourrut Sijean (Aude)
Les cheminots CGT de Port-la-Nouvelle se sont retrouvés pour poser autour du drapeau syndical (notre photo) qui, durant trois semaines, a flotté sur la façade de la gare devenue le centre vital de toute la contrée. Les souvenirs demeurent, ceux d’une certaine frilosité des employés du privé qui demandaient au comité de grève de venir les « contraindre à cesser le travail » et aussi à se joindre au mouvement, de crainte des conséquences qui auraient visé un éventuel meneur de l’agence bancaire ou du dépôt pétrolier. Celui aussi du coup de feu visant la gare SNCF, un soir de fin mai, après la manif parisienne qui avait remonté le moral des antigrévistes. ou encore la mobilisation d’une jeunesse étudiante qui soutenait le monde ouvrier avec ferveur.
J’ai aussi le souvenir de l’intervention téléphonée des instances syndicales nous incitant à cesser la grève, car nous étions le dernier bastion qui tenait bon et à qui ne suffisaient pas les accords de Grenelle. La cessation du mouvement fut transformée en fête avec descente du drapeau, défilé jusqu’au réfectoire où nous attendait une intendance super-organisée : repas frugal, vin de qualité (car du pays), discours enflammé du leader narbonnais, le célèbre Fabrega, alias Pepone, orateur hors pair, médaillé de la guerre 1939-1945, héros reconnu et leader politique et syndical.
Le lendemain de la déroute aux législatives de juin 1968, j’adhérai au PCF pour devenir un militant à qui la population de ma ville confia durant dix-huit années la direction de trois conseils municipaux. Mai 68 fut pour moi la meilleure école qui soit. Elle m’apprit l’humilité, la réflexion commune, le partage des responsabilités, l’esprit de lutte, les échecs précédant les succès, la vie telle qu’elle est, avec bien des déceptions dues à la nature humaine…
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