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Motion de censure : La gauche s'oppose à l'atlantisme

Assemblée nationale. La motion de censure attise les contradictions au sein de la droite face au virage de la politique étrangère et de défense de Sarkozy.

L’ensemble des partis de gauche représentés au parlement (PS, PRG, PCF et Verts) avait déposé une motion de censure contre le gouvernement Fillon après le débat sans vote organisé le 1er avril dernier au Parlement sur l’Afghanistan.

Battre le fer tant qu’il est chaud : les députés socialistes ne veulent pas mollir face à la politique de Sarkozy-Fillon déjà en partie censurée par les urnes avec la victoire de la gauche rassemblée. Il s’agit donc de pousser l’avantage en enfonçant plus profondément le coin du mécontentement, et surtout des contradictions au sein de l’UMP et de la majorité parlementaire, tout en entretenant la mobilisation de la gauche. Contradictions inhérentes à la victoire de Sarkozy à la présidentielle sur la base d’un rassemblement fragile autour de lui des différents courants idéologiques et historiques de la droite.

Cet objectif politique est très précisément celui de la première motion de censure de la législature, qui sera mise en débat cet après-midi à 15 heures. Elle a été déposée à l’Assemblée nationale par les élus PS, rejoints par ceux du PCF et des Verts. Encore fallait-il bien ajuster le tir. François Hollande et le président du groupe PS, Jean- Marc Ayrault, souhaitaient un angle plus ouvert, mêlant la critique sur l’envoi de renforts supplémentaires en Afghanistan et le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, avec la politique de rigueur pour les salariés en France. Laurent Fabius et Henri Emmanuelli ont emporté le morceau en centrant l’initiative sur le ralliement de la politique extérieure de la France à l’atlantisme — concrétisée la semaine dernière au sommet de Bucarest — après plus de quarante ans de politique gaullienne d’indépendance. En centrant la motion de censure sur ce thème, il s’agissait d’éviter deux écueils : raviver la division à gauche, les propositions du PS en matière économique ne faisant pas consensus, y compris au sein du PS lui-même. Et éviter d’être contre-productif, la droite pouvant aisément se ressouder derrière Sarkozy et Fillon dans le rejet global des propositions.

Il en va autrement de la critique de la politique étrangère et de défense. Les sondages montrent que les Français sont opposés au renforcement militaire en Afghanistan face au risque « d’enlisement », voire celui « d’un nouveau Vietnam ». Ils désapprouvent en outre le virage sarkozyste et l’obsession pro-américaine de celui-ci. La droite est, elle aussi, traversée par des opinions contradictoires qu’expriment les courants gaulliste et souverainiste. Pour les seconds, Jacques Myard parle « d’opposition très forte face à une telle dérive », tandis que Nicolas Dupont-Aignan ne réclame pas moins qu’un « référendum sur la question ». Du côté gaulliste, Dominique de Villepin martèle que « le retour de la France dans l’OTAN n’est pas utile, ne correspond pas aux intérêts de la France, et est dangereux ». « C’est, affirme-t-il, prendre le risque d’être réduits à la famille occidentale, d’être perçus justement dans cette logique de confrontation que nous avons voulu éviter à travers notre engagement contre la guerre en Irak. Je crains la logique de bloc à bloc. » François Bayrou, (Modem), pour sa part, fidèle au grand écart, évoque le risque de « perte d’influence de la France ». Tout en n’écartant pas les renforts en Afghanistan !

Dominique Bègles
article publié dans l’Humanité du 08-04-08

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Tag(s) : #Politique
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