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Politique - Article paru le 7 avril 2008 dans l'humanité


Les services publics mis au régime sec

Austérité . En sabrant dans les effectifs des fonctionnaires, le gouvernement réduit la sphère d’intervention publique.

La réduction du nombre de fonctionnaires est-elle le but de la réforme de l’État ? Si les suppressions de postes s’accompagnaient réellement de réorganisations visant à rendre l’État plus efficace, on pourrait en douter. Mais le gouvernement a du mal à cacher son objectif comptable : mettre l’État au régime sec pour faire des économies sur les salaires des personnels. Lorsqu’il était candidat, Nicolas Sarkozy avait fait du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite un argument clé de son programme. En 2008, il avait commencé par appliquer une règle du « un sur trois » aux quelque 68000 départs à la retraite de l’année, soit tout de même 22900 suppressions de postes. Vendredi, il a serré un peu plus la ceinture budgétaire, annonçant que la règle du « un sur deux » allait être appliquée pour le budget 2009, ce qui reviendra à supprimer 35000 postes.

saignée dans l’éducation

Le problème, c’est que la révision générale des politiques publiques, lancée l’été dernier pour améliorer le ratio « coût efficacité » de l’État, a surtout pour effet de réduire son périmètre : restrictions des implantations militaires et diplomatiques, fusions de directions aux Finances, démantèlement des douanes ou des services de la Répression des fraudes, réductions d’effectifs à Météo France, menaces de privatisation de l’examen du permis de conduire, désengagement de l’État dans la culture. Même l’éducation nationale, qu’on pouvait naïvement croire protégée par la nécessité d’assurer l’avenir du pays, est chargée de fournir la moitié des réductions d’emploi prévues en 2008.

les concertations n’ont pas eu lieu

L’inquiétude monte chez les fonctionnaires, qui ne sont pas dupes des promesses, répétées depuis 2002, de voir une partie des suppressions d’emploi transformée en pouvoir d’achat. Jean-Marc Canon, secrétaire général de l’UGFF-CGT, qui qualifie la RGPP de « restriction générale des politiques publiques », explique : « Nous, ce qu’on voit à l’heure actuelle, c’est qu’on nous supprime des emplois, qu’on procède à des restrictions de missions, des regroupements qui n’ont pour but que de réduire la sphère dpublique ». La FSU dénonce de son côté « une politique sans précédent » qui « risque de déboucher sur une réduction drastique de la présence territoriale des services publics nationaux ». Les concertations sur les missions des services publics et les besoins des usagers, réclamées par les syndicats et qui devraient logiquement précéder les réorganisations, n’ont jamais eu lieu.

L’inquiétude des fonctionnaires est attisée par un projet de loi sur la mobilité des agents, qui doit être présenté cette semaine en Conseil des ministres. Les syndicats craignent pour les conditions de travail dans les services : la CGT y voit un « outil » pour mettre en place des « plans sociaux » dans la fonction publique, et dénonce des « licenciements déguisés » de fonctionnaires, en plus des suppressions de postes. « Précarité, pression sur les objectifs et changements prévisibles des organisations riment aujourd’hui avec modernisation de l’État », s’alarme la FNACT-CFTC (territoriaux). « Le miracle de la mutualisation des services et la magie des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont leurs limites. Il ne faudrait pas que le gouvernement, obnubilé par la réduction des effectifs dans les trois fonctions publiques, aggrave les conditions de travail des agents », prévient le syndicat. Qui constate « une augmentation sensible depuis quelques années des faits et plaintes de souffrance au travail dans les administrations des trois fonctions publiques ».

le bénévolat à la rescousse

Coïncidence ? Vendredi, en recevant des représentants d’associations, Nicolas Sarkozy a appelé à « amplifier la reconnaissance du bénévolat ». Il a loué « le rôle irremplaçable que jouent les associations dans l’entretien du lien social et la qualité du vivre ensemble », leur « désintéressement » et « l’attachement qu’ils manifestent à l’intérêt général ». En effet, elles seront bien utiles quand les services publics auront été démantelés pour de bon.

Lucy Bateman

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Tag(s) : #Services publics
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