Quand les gros céréaliers argentins mobilisent
Buenos Aires, correspondance particulière.
La tension, née des coupures de routes qui perturbent la circulation des camions et le ravitaillement des villles, a augmenté depuis le discours, mardi dernier, de la présidente argentine Cristina Fernandez critiquant l’« égoïsme » des producteurs agricoles. Le mouvement, lancé il y a deux semaines à la suite de l’annonce de nouvelles augmentations des taxes à l’exportation de céréales, a reçu depuis l’appui d’habitants des villes.
Des « cacerolazos », concerts de casseroles « autoconvoqués », résonnent dans les quartiers chics de la capitale, Buenos Aires, alors que des affrontements entre chômeurs, partisans du gouvernement et manifestants ternissent le paysage. De plus, le syndicat des camionneurs menace de « lever les piquets de grèves » qui bloquent les véhicules depuis deux semaines.
Il semble que les positions des uns et des autres soient pour l’heure inconciliables, alors que de nombreuses voix, depuis les gouverneurs proches de la présidente jusqu’à l’église catholique, appellent au « calme » et au « bon sens ».
La crise a éclaté à la suite de la décision d’augmenter les impôts à l’exportation : 33 % à 40 % par exemple sur le soja, qui a vu son prix quasiment doubler sur les marchés internationaux en deux ans. La mesure touche les gros producteurs-exportateurs, propriétaires de plus de 5 000 hectares. Ces derniers ont reçu l’appui inespéré des petits et moyens producteurs mécontents de la politique agricole gouvernementale, notamment en matière de subventions au gasoil ou en cas d’intempérie.
Le discours de la présidente, englobant dans sa critique la « campagne » dans son ensemble, a permis aux secteurs politiques de l’opposition d’appuyer la lutte des producteurs et de souder des producteurs aux intérêts divergents. En effet, le développement de la culture du soja transgénique aux coûts réduits et dont 90 % sont exportés s’est faite au détriment d’autres denrées dont les prix ont augmenté sur le marché intérieur. Des quelque 400 000 producteurs, moins de 5 000 possèdent la moitié de la terre. Ce sont eux qui bénéficient en premier lieu de la politique du dollar fort visant à soutenir les exportations, alors que les petits propriétaires sont au bord de l’asphyxie.
Les effets du bras de fer entre le gouvernement et la « campagne » se font sentir chaque jour davantage : pénurie de produits laitiers et de viande, commerce et industrie ralentis par la coupure des routes, inflation en hausse. Les appels à la raison se multiplient, alors que les associations et partis soutenant le gouvernement préparent une grande mobilisation dans la capitale, mardi prochain.
Gérard Devienne
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