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International - Article paru le 31 mars 2008 dans l'Humanité

événement

Les salariés du Mans suivent de près le conflit en cours en Roumanie

Dans l’usine Renault de la Sarthe, les salariés expriment leur solidarité à leurs homologues roumains et s’intéressent au développement de la grève.

Le Mans (Sarthe),

envoyé spécial.

Quelque 2 500 kilomètres. C’est la distance qui sépare les ouvriers de l’usine Renault du Mans de ceux de Pitesti en Roumanie. Mais la ritournelle de la direction ne leur est pas inconnue, qui tient en un chantage simple : la délocalisation. Menacés depuis des années, les salariés de la Sarthe assistent, inquiets, à un scénario managérial qui s’exporte bien et touche aujourd’hui leurs collègues de l’Est. À ceux-là, il est explicitement recommandé de calmer leurs revendications sous peine de voir transférer leur usine au Maroc, en Russie ou en Inde. Devant l’épouvantail du chantage à la délocalisation, les responsables CGT du Mans ont vite réagi. Un tract de soutien expliquant la situation des ouvriers roumains de Renault a été remis aux 2 800 salariés que compte encore le site. « À l’usine, les salariés voulaient savoir ce qui se passait là-bas, c’est d’abord pour répondre à ce besoin d’information que l’on a tiré ce tract », précise Richard Germain, le responsable local de la section CGT. Mais le syndicat a voulu aller au-delà en expédiant directement aux Roumains un courrier évoquant « l’attention » que les salariés du Mans portent à leur lutte. « Votre usine et les coûts de la main-d’oeuvre des salariés roumains sont un argument pour nous mettre en concurrence et contraindre les salariés français à accepter des reculs sociaux », précise la missive. Une solidarité spontanée est née au gré de cet événement inattendu.

À la fin des années quatre-vingt-dix, les salariés du Mans assistaient, impuissants, au départ de convois chargés de lignes de production entières en direction de la Roumanie ; quelques années plus tard, ces mêmes convois ramenaient des Logan flambant neuves en provenance de l’usine Dacia pour les stocker avant leur commercialisation en France. Transfert des machines et d’une partie des savoir-faire organisé par la direction, qui trouve une réponse inédite : « Aujourd’hui, à notre tour, nous tentons de transférer une expérience et une certaine culture syndicale, explique - Richard Germain, ou plutôt nous la partageons », corrige ce dernier refusant le rôle du « donneur de leçon ». Reste que la mobilisation impressionnante des Roumains ravive les espoirs dans l’usine française et la direction du Mans se garde de tout commentaire, craignant sans doute de « délocaliser » le conflit.

Les méthodes employées chez Dacia surprennent d’autant moins les salariés du Mans que l’actuel directeur général du site roumain, François Fourmont, n’est pas un inconnu ici. Il y a même fait ses classes, présidant aux destinées du site sarthois dès 1996. Il est connu pour avoir été la cheville ouvrière d’une réorganisation qui aboutit en 1999 « à réduire considérablement les activités de l’usine en filialisant le secteur transmission et celui de la construction des machines agricoles », explique Xavier Raynaud, responsable CGT. En juillet 2003, il plie bagage après sa nomination au poste de directeur général de Dacia et directeur Europe orientale de Renault. Depuis, le site Renault du Mans, implanté en 1936, ne produit plus que les châssis de véhicules.

Le conflit roumain a remis sur le devant de la scène une question lancinante dans le monde syndical : la convergence des luttes et des revendications des salariés. Pour Jean-Michel Allard, responsable CFDT de l’usine, « la revendication de rattrapage des salaires pour les Roumains est logique et reçoit notre plein soutien », mais aucune déclaration officielle du syndicat n’est venue localement en donner connaissance aux salariés : « Il est difficile pour nous de nous insérer dans les négociations en Roumanie », reconnaît l’intéressé, qui dit attendre de voir « les suites et les avancées » d’une « belle mobilisation ». Côté CGT, le dernier congrès de la fédération de la métallurgie, fin mars à Lyon, est encore dans toutes les têtes avec ce thème dédié au « syndicalisme mondialisé ».

Le constat largement partagé ici est qu’il « n’y a rien à attendre du côté politique ». Alors on se prend à imaginer que ce sont les luttes coordonnées en Europe qui pourront donner un autre visage aux évolutions sociales. « Malgré la distance, soyez assurés chers camarades de notre soutien et de notre solidarité », conclut d’ailleurs le mot adressé par la CGT du Mans à leurs partenaires roumains.

Frédéric Durand

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Tag(s) : #Politique
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