Combien avez-vous versé à l’UIMM ?
Dans beaucoup d’entreprises de la métallurgie, les syndicats revendiquent la transparence sur les sommes versées aux organisations patronales.« La direction peut-elle répondre aux questions suivantes : l’entreprise est-elle adhérente de l’UIMM ? A-t-elle versé des surcotisations à l’UIMM ? A-t-elle connaissance de l’utilisation des sommes qu’elle a versées à l’UIMM ? Compte-t-elle porter plainte contre M. Denis Gautier-Sauvagnac ? ». Dans beaucoup d’entreprises de la métallurgie, ces questions ont été posées, soit par les délégués du personnel, soit en comité d’entreprise ou encore par courrier. Excédés par la campagne les accusant d’avoir bénéficié des fonds occultes du patronat, les syndicats n’ont pas tardé à demander des comptes à leur direction d’entreprise. « Avant cette affaire, nous ne savions même pas si l’entreprise était adhérente ou non à l’UIMM. Suite à notre demande de clarification, nous avons appris que c’était le cas, mais aucune autre réponse n’a été donnée », raconte Isabelle Croix, déléguée syndicale centrale CGT chez MBDA, filiale de EADS. Son courrier, exigeant la tenue d’une réunion extraordinaire du comité - central d’entreprise afin « de connaître les montants versés aux organisations patronales par MBDA France » est resté sans suite. « La CFDT a envoyé une lettre ouverte à tous les - employeurs de la métallurgie. Nous-mêmes, chez MBDA, avons aussi demandé des réponses mais n’en avons pas obtenu », confirme Gilles Fafin, également DSC. À eux deux, ces syndicats sont majoritaires. La direction a concédé être membre de l’UIMM par le biais du GIM (Groupe des industries métallurgiques de la région parisienne). Mais, a-t-elle fait savoir, « n’y a pas lieu de répondre aux autres questions posées ». Loin de clarifier la situation, cette fin de non-recevoir entretien un climat de suspicion qui pèse sur la nature des relations syndicat-employeur et sur le dialogue social. « Il n’y a pourtant pas de honte pour une entreprise à adhérer à un syndicat. Seulement, il faut la transparence sur l’argent versé et à quoi il sert », ajoute Gilles Fafin.
MBDA n’est pas un cas isolé. Des démarches similaires ont eu lieu dans beaucoup d’entreprises et auprès de chambres patronales départementales, dont la plupart sont dirigées par l’UIMM. Dans les Vosges, par exemple, l’union syndicale des travailleurs de la métallurgie CGT a réussi à savoir que les sociétés cotisent à hauteur de 0,26 % de la masse salariale. « c’est bien de connaître le chiffre, car dans mon entreprise, chez Wagon, il signifie que la somme versée au patronat est plus importante que le budget alloué au fonctionnement du comité d’entreprise », ironise Jean-Marie - Liron, DSC CGT de cet équipementier automobile. Lui comme d’autres exigent que soit imposée une obligation de transparence, d’autant plus urgente que « l’argent provient de la richesse créée par les salariés et est ensuite utilisé contre eux », s’insurge Anna Poissy, trésorière de la Fédération de la métallurgie CGT. En effet, le système d’adhésion aux organisations patronales n’est pas individuel. Ce sont les entreprises qui cotisent. C’est pourquoi la CGT revendique la publication dans les bilans sociaux annuels des entreprises de « l’intégralité des moyens financiers et des mises à disposition octroyés aux organisations professionnelles d’employeurs et aux organisations syndicales de salariés ». Cette proposition est soumise à discussion dans le cadre de la négociation interprofessionnelle sur la représentativité et le - financement des syndicats. « C’est un moyen de prendre le problème à la source », explique Michel Doneddu, secrétaire confédéral et négociateur. La totalité des organisations de salariés demandent que soit abordée la question du financement des organisations patronales. Pour l’heure, le MEDEF s’y refuse obstinément.
Paule Masson
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