L’UIMM ne veut pas rendre le magot
« De l’argent, il y en a… dans les caisses du patronat ! » Jamais ce slogan populaire dans les cortèges n’aura paru si juste, si fécond et si programmatique. La semaine dernière, dans une touchante tentative de ripoliner son image de marque passablement dégradée par les révélations sur ses mystérieuses transactions discrètes, l’UIMM a été contrainte de présenter publiquement, pour la première fois, des éléments de sa comptabilité : selon ses nouveaux dirigeants, la fédération patronale, principal bailleur de fonds du MEDEF - la métallurgie reverse, chaque année, environ 5 millions d’euros de cotisations au mouvement de Laurence Parisot - dispose, au 31 décembre 2007, de « réserves » évaluées à 600 millions d’euros. Dans le bilan officiel de l’UIMM, ces « disponibilités », placées sur les marchés, apparaissent à leur « valeur comptable » avant boursicotage, soit, toujours d’après la direction de la fédération patronale, 332,5 millions d’euros. L’organisation, qui, d’après les Échos, contrôle « au moins cinq sociétés civiles immobilières », dispose par ailleurs d’un patrimoine immobilier estimé par elle-même à 43,6 millions d’euros et composé officiellement de son siège national, d’un immeuble et d’un appartement à Paris, d’une villa au Vésinet, ayant jusqu’à très récemment hébergé François Ceyrac, ex-président de l’UIMM et du CNPF.
« De record en record »
Alors que Denis Gautier-Sauvagnac s’était efforcé, à l’automne dernier, de démontrer devant une poignée de journalistes triés sur le volet que toute la « caisse noire » de son organisation provenait des excédents de cotisations versées à la caisse « antigrève » dite « d’entraide professionnelle des industries de la métallurgie » (EPIM), ses successeurs ne le suivent pas vraiment. D’après eux, cette caisse « antigrève » qui défraie aujourd’hui la chronique aurait engrangé depuis sa création en 1972 l’équivalent de 170 millions d’euros en cotisations, pour 50 à 60 millions d’euros reversés aux entreprises cotisantes et « victimes » des conflits sociaux. D’où proviennent les 220 millions d’euros déclarés comme restants ? « La caisse EPIM a dégagé un résultat, mais on a d’autres services qui ont pu en dégager au fil des ans comme les chambres syndicales, a tenté Jean-Pierre Fine, secrétaire général de l’UIMM, lors d’une conférence de presse, jeudi dernier. Et de record en record, on en arrive à la somme de réserves générées. » Et Jean-Jacques Leguay, le trésorier de la fédération patronale, d’opiner : « Avant la création de 1972, on devait déjà avoir pas mal de réserves. »
Autre « révélation » dans la présentation des comptes de l’UIMM : la caisse « antigrève » fonctionne encore et, selon le même Jean-Jacques Leguay, elle aurait recueilli, l’année dernière, près de 675 000 euros de cotisations auprès de 153 entreprises adhérentes - « si vous divisez, ça fait vraiment des petites sommes », se gargarise le trésorier - et versé, en retour, 574 000 euros aux « deux ou trois » entreprises qui, à l’issue d’un conflit social, ont
introduit une demande d’indemnisation. Pour Jean-Pierre Fine, ces « indemnisations » issues des « réserves » de l’UIMM n’apparaissent peut-être pas dans la comptabilité des boîtes en tant que telles, mais elles sont « parfaitement régulières » et elles sont « mises à la ligne produits exceptionnels ». Mais il y a des limites à ne pas franchir, et les nouveaux dirigeants de l’UIMM ne poussent pas l’« éthique » et la « transparence » jusqu’à révéler l’identité des entreprises qui cotisent à la caisse « antigrève » ou de celles qui ont bénéficié de ses largesses très récemment au titre du « secours mutuel ».
Le bel avenir de la caisse « antigrève »
Dans ce contexte de scandale, Bernard Thibault a demandé la semaine dernière que le magot de l’UIMM « retourne dans la poche des métallurgistes ». Martin Hirsch, commissaire du gouvernement aux solidarités actives, tente d’en soutirer une bonne partie pour financer ses expérimentations sur le « revenu de solidarité active » (RSA), guère soutenu par le gouvernement. Et de son côté, Laurence Parisot, la présidente du MEDEF, lorgne sur une partie de la « caisse noire » et propose de lancer un « appel d’offres pour que cet argent soit géré le mieux possible et que, éventuellement, une partie soit consacrée à des causes utiles ». Dans ces circonstances, l’UIMM fait le gros dos. Devant l’assemblée générale des patrons de la métallurgie, jeudi dernier, Jean-Jacques Leguay a préconisé de « geler » l’essentiel des « réserves » : 150 millions d’euros pour financer les déficits et les pertes « non récurrentes » liées aux actions judiciaires en cours et aux dépenses de communication, 200 millions d’euros pour garantir le fonctionnement de la caisse « antigrève » qui serait « mise en veilleuse » pour la récolte des cotisations, mais pas pour l’indemnisation des entreprises paralysées par des conflits sociaux, et 100 millions d’euros pour le fonctionnement « normal » de l’« association » UIMM. De l’argent, ça oui, il y en a dans les caisses du patronat, mais à ce compte-là, il n’est pas près d’en sortir…
Thomas Lemahieu
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