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Politique - Article paru le 26 mars 2008 dans l'Humanité

La droite accélère le pas

Parlement . Après la défaite, l’UMP veut court-circuiter le message des urnes en menant à toute allure ses « réformes » phares, qui devraient être examinées d’ici à l’été.

C’est reparti comme si les élections n’avaient pas eu lieu. Hier, lors de la séance de rentrée des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, les députés de droite, qui comptent 55 battus aux municipales et cantonales, ont mis un point d’honneur à ne jamais évoquer les scrutins de ces dernières semaines. Le sujet était réservé à Jean-François Copé, président du groupe UMP, qui a exhorté le gouvernement à « lancer tous les grands chantiers de réformes » dans les trois mois. Avec deux ans à venir sans élection de portée nationale, « c’est maintenant ou jamais », a-t-il ajouté.

Fillon confond élections et « sondages »

Une concordance totale avec le gouvernement qui devrait officialiser aujourd’hui, à l’issue du Conseil des ministres, la feuille de route du Parlement pour les mois à venir. Un calendrier ultrachargé qui peut se résumer à un slogan : à droite toute. Près d’une soixantaine de textes devraient être présentés au Parlement d’ici à l’été, selon l’opposition. La méthode, elle, fait grincer quelques dents dans la majorité. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), a demandé au gouvernement le « temps nécessaire pour travailler plus en amont avec le gouvernement ». Une manière de relayer le souhait de nombre de députés de droite de davantage « coproduire » avec le gouvernement la politique conduite, qu’ils tiennent pour responsable de leur défaite aux élections, notamment sur le pouvoir d’achat.

Mais l’heure n’est pas aux remises en cause dans le parti sarkozyste. Au contraire, pour François Fillon, qui a dressé devant les députés un bilan de son action en forme d’autosatisfaction, « les Français nous ont rappelé nos engagements ». « Nous allons poursuivre nos réformes », a-t-il confirmé, rejetant le message des urnes en déclarant que « la France ne se gouverne pas à coups de sondages » (sic)… Une déclaration très applaudie sur les bancs de la droite. Seule inflexion notable, le premier ministre a écarté tout projet de « plan de rigueur » et de « hausse de la TVA », du moins sous cette forme. Mais la « rigueur » sera présente au détour des projets de loi attendus.

L’opposition attendue sur les retraites

Trois « réformes » majeures attendent en effet les députés et sénateurs d’ici à l’été, le Parlement devant siéger au moins jusqu’au 14 juillet. En premier lieu, le « rendez-vous » de 2008 sur les retraites, dont les premières « consultations » devraient débuter le 27 mars, et qui s’annoncent comme un jeu de dupes orchestré par Xavier Bertrand, le gouvernement ayant déjà présenté comme inéluctable le passage à quarante et un ans de cotisation. Les syndicats CGT et FSU appellent à la mobilisation le 29 mars. L’opposition sera particulièrement attendue sur ce dossier, alors que les responsables socialistes ont publiquement approuvé, au moment du conflit sur les régimes spéciaux cet automne, l’alignement pour tous de la durée de cotisation à quarante ans, faisant porter leur désaccord sur la méthode. Les Français pourront compter sur les parlementaires communistes, seule composante à avoir posé sur la table depuis 2003 un plan alternatif complet de pérennisation du financement de la retraite par répartition allant de pair avec une consolidation des droits des salariés et retraités.

Deuxième projet phare, celui sur le marché du travail qui sera présenté ce matin en Conseil des ministres, avec un passage prévu devant la représentation nationale le mois prochain. Un texte qui entend transposer l’accord signé par quatre syndicats sur cinq (CFDT, FO, CGC, CFTC). Celui-ci reprend notamment, sous couvert d’introduire une « flexicurité » dans le droit français, les revendications patronales de rupture « amiable » du contrat de travail et d’extension des contrats précaires avec la création d’un « CDD de mission ».

Enfin, le gouvernement met la dernière main à son projet de loi dit de « modernisation de l’économie », qui reprend nombre de préconisations très contestées du rapport Attali sur la « libération de la croissance » française, censée bénéficier au pouvoir d’achat des Français, a expliqué hier sans rire le premier ministre, qui s’est gardé de prononcer le mot « salaires ».

Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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