L’ordre des médecins réfléchit au suicide assisté
Dans un communiqué, l’ordre des médecins s’est dit ému par le cas de Chantal Sébire, évoquant l’idée d’une « assistance médicale à la mort délibérée ». Pouvez-vous préciser ?
André Deseur. Nous avions déjà participé à la rédaction des articles du Code de la santé publique qui concernent les soins en fin de vie, l’accompagnement du mourant et l’absence d’acharnement thérapeutique. Nous avons également travaillé à la rédaction de la loi Leonetti. Bref, nous entendons participer au travail sociétal et à l’évolution, si elle doit avoir lieu, de la législation. Nous avons dès aujourd’hui réclamé d’être associé au travail mis en place par la ministre de la Santé, sur l’évaluation de la loi Leonetti. Néanmoins, je ne veux pas que nous rentrions dans des confusions sémantiques autour de l’euthanasie. Nous avons créé des distinctions qui me paraissent artificielles entre euthanasie active et euthanasie passive. L’euthanasie active, c’est tuer une personne. Tuer une personne, ce n’est pas le travail d’un médecin. L’euthanasie passive n’existe pas. Il s’agit plutôt de soins palliatifs, d’accompagnement de la personne qui meurt, d’absence d’acharnement thérapeutique, notre lot quotidien. Mais il paraît démontré qu’il y a un certain nombre de situations dans lesquelles les soins palliatifs, l’accompagnement, les antalgiques, le traitement de la douleur morale et de la douleur physique, ne conviennent pas ou ne suffisent pas.
Nous en venons au cas de Chantal Sébire…
André Deseur. Oui. Dans ce type de situation, nous pourrions proposer une assistance médicale à une mort délibérée. Ou à un suicide assisté. Cela signifie que cette assistance va faire l’objet d’une délibération, d’une décision collective afin que le médecin ne soit pas seul à décider. Il est anormal qu’une personne décide de la mort d’une autre, même si cet autre la demande. Nous avons tous connu des déprimés qui ont voulu se suicider. Le suicide assisté doit donc être encadré dans un contexte légal qui respecte la personne. Cette dernière doit être informée par un comité sur son état de santé préalable, quant aux possibilités et aux impossibilités thérapeutiques et informer quant à la situation irréversible d’une réalité si elle décide de mettre fin à ses jours. Ce comité pourra être constitué d’une personne de confiance, voire de références morales, éthiques, religieuses mais aussi de juristes, pas seulement de médecins. C’est à la société de définir le panel.
C’est la première fois que l’ordre des médecins prend publiquement une telle position…
André Deseur. L’ordre des médecins est un tissu vivant, inscrit dans la société, qui évolue en fonction de la réalité. Nous ne sommes pas en train de prôner le suicide assisté, nous indiquons que nous souhaitons entrer dans le débat sociétal sans imposer de solution.
Les médecins ne peuvent être indifférents à la souffrance. L’ordre est constitué de 300 médecins. Nous avons tous rencontré la mort de près, tous fait face à la douleur de patients en fin de vie. Et je suis convaincu que beaucoup se sont retrouvés confrontés à des demandes comme celle qu’a formulée cette malheureuse femme. Chacun a pris, dans son intimité, sa décision. Mais le médecin, n’est pas un « pousse-seringue » sur ordre. Il faut que l’évolution législative laisse au médecin sa liberté de conscience. Néanmoins, le corps médical en tant que globalité a des responsabilités et un rôle à jouer sur ces questions qu’il ne peut éluder. Nous sommes prêts à rencontrer les associations afin d’entendre ce qu’elles ont à nous dire. C’est dans cet esprit que nous réclamons d’être associés au travail collectif d’évaluation de la loi actuelle.
Entretien réalisé par Maud Dugrand
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)