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- Article paru le 20 mars 2008 dans l'Humanité

Après cinq ans de Bush, l’Irak à l’agonie

Anniversaire . La guerre, déclenchée sur la base de mensonges, n’en finit pas. Et malgré la chute du régime de Saddam, le pays, toujours occupé par les États-Unis, est ravagé par les violences.

George W. Bush soigne son image d’homme pieux, dont la vie est tout entière dévolue à Dieu. Ne commence-t-il pas ses journée par une prière, la nuque baissée, l’air contrit ? L’homme est pourtant l’un des plus grands menteurs que la terre ait jamais porté. Immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, il a pointé du doigt l’Irak et, comme un enfant qui se laisse abuser par ses propres histoires, il a inventé, inventé, inventé. L’image n’est plus, comme dans les films américains des années cinquante, celle d’une rotative de laquelle sortent des journaux. Le président des États-Unis, première puissance mondiale, affirme que Saddam Hussein est de mèche avec Oussama Ben Laden, l’Arlésienne terroriste, et que l’Irak possède des armes de destruction massive. Celles-ci pourraient être utilisées en moins de quatre-vingt-dix minutes, prévenait même, la voix haletante, le premier ministre britannique, le travailliste Tony Blair. Auréolé de son passé militaire, celui qui était alors secrétaire d’État, Colin Powell, faisait même la leçon dans ldes Nations unies, preuves à l’appui…

AUJOURD’HUI, L’IRAK

EST UN PAYS DIVISé

Si les conséquences de ses mensonges ne touchaient que lui, George W. Bush ne serait sans doute jamais mentionné dans les livres d’histoire. Malheureusement, autopersuadé de la mission quasi divine qui lui est assignée ainsi qu’aux États-Unis, il s’est affranchi de toutes les réticences et surtout du droit international, pour déclencher une guerre dont les conséquences sont mesurables dans tous les domaines. « Cinq ans après le début de la guerre en Irak, la situation humanitaire dans la plupart des régions du pays reste parmi les plus critiques de la planète », écrit le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) (voir ci dessous).

L’Irak est aujourd’hui un pays divisé. Sous les coups de boutoir de l’armée d’occupation, sunnites, chiites et Kurdes se regardent avec méfiance, s’entretuent. Certains conseillers américains prônent même une partition du pays en trois entités. La semaine dernière, le premier ministre irakien, Nouri Al Maliki, a ouvert à Bagdad une conférence nationale destinée à réconcilier les différentes communautés du pays. Mais le principal bloc sunnite du pays a boycotté la réunion, signe des profondes divisions auxquelles l’Irak doit encore faire face. La veille, un attentat suicide, visant un groupe de fidèles chiites rassemblés près d’une mosquée dans la ville sainte de Kerbala, avait fait au moins 50 morts.

En septembre dernier, 59 % des Américains estimaient que l’histoire retiendra la guerre en Irak comme un échec. On les comprend d’autant mieux que la situation fait resurgir le spectre de la guerre du Vietnam, l’enlisement politique, la perte de confiance internationale et surtout, le retour aux images qu’ils pensaient enfouies : les « plastic bags » que l’on sort des soutes des avions et qui ramènent les corps sans vie des fils, frères ou pères. L’argent n’était pas non plus un problème il y a cinq ans, lors du déclenchement de la guerre. Mais 500 milliards de dollars plus tard, les experts s’inquiètent désormais de l’impact de ce coût sur la première économie mondiale, déjà ébranlée par la crise financière. Enfin, les révélations des tortures infligées aux prisonniers des américains ont dévoilé la sinistre vérité de la démocratisation et la libération de l’Irak.

LE RôLE DE L’IRAN RENFORÇÉ

L’échec américain est patent. La croisade de Bush n’a fait qu’aggraver les tensions dans la région, donnant un poids toujours plus important aux islamistes. Ironie, la chute du régime de Saddam Hussein a eu pour conséquence de renforcer le rôle régional de l’Iran, qui apparaît ainsi comme la première puissance. Washington est maintenant forcé de composer avec Téhéran. Les États-Unis et l’Irak viennent d’entamer des négociations pour définir leurs relations à long terme et donner un cadre légal à la présence des troupes américaines (donc pas de retrait). Washington voudrait parvenir à deux accords parallèles. L’un de cadre stratégique, qui déterminerait les bases de la relation bilatérale dans les domaines de la politique, de l’économie et de la sécurité, et permettrait à l’Irak de jouir de sa pleine souveraineté ; l’autre porterait sur le statut des forces américaines sur le territoire irakien, leurs droits et leurs obligations, sur le modèle des textes régissant déjà ces aspects dans les relations entre les États-Unis et des dizaines d’autres pays. Quelque 159 000 militaires américains sont actuellement déployés en Irak, et il devrait en rester plus de 100 000 quand le successeur de George W. Bush prendra ses fonctions à la Maison-Blanche en janvier 2009.

Pierre Barbancey

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Tag(s) : #Monde
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