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Politique - Article paru le 19 mars 2008 dans l'humanité

Bernard Thibault dénonce l’impôt contre-révolutionnaire

Le secrétaire général de la CGT a appelé hier à « briser l’omerta » entretenue autour de la caisse antigrève de l’UIMM.

Lyon (Rhône), envoyée spéciale

Dans les allées du 38e Congrès de la fédération de la métallurgie CGT, qui se déroule toute la semaine à Lyon, l’UIMM est de toutes les conversations. Les quelque 55O délégués sont chaque jour confrontés à la dureté du patronat de leur secteur, notamment dans sa conception du dialogue social qui emprunte plus souvent le langage de la force, de la pression, du chantage, que celui de la démocratie. « Les révélations sur l’existence d’une caisse noire de six cents millions d’euros pour casser les mouvements sociaux et les conflits, sur les compléments de salaires non déclarés de plusieurs de ses dirigeants, ont mis au grand jour la véritable nature du patronat de la métallurgie », a dénoncé Philippe Martinez, qui sera élu secrétaire général de la fédération en remplacement de Daniel Sanchez à la fin du congrès.

Plusieurs délégués racontent comment, il y a une dizaine d’années, l’UIMM a étendu son réseau au sein du MEDEF, au point aujourd’hui d’avoir la mainmise sur presque toutes les chambres patronales départementales. Pas étonnant, alors, que se mène une « lutte de pouvoir » féroce au sein du patronat, dont les syndiqués ne sont pas prêts à payer les pots cassés.

Hier, Bernard Thibault est justement venu s’insurger d’une situation où c’est au syndicat que l’on demande des comptes. Intolérable ! s’est exclamé le secrétaire général de la CGT qui, sans prendre de gants, a rappelé combien « tout le monde sait que cet argent sale a servi à "matraquer" nos militants, à briser nos grèves, à financer des syndicats maison toujours prêts au coup de poing contre les militants progressistes, les syndicalistes, les salariés en lutte ». Et de citer, pour preuve, la création de la CSL ou de la CFT, organisations « fascisantes » qui ont bel et bien existé. « Les organisations de barbouzes dans les entreprises financées par le patronat, cela a existé ! » a ajouté, excédé, le numéro un de la CGT qui n’a pas hésité à parler, à propos de la caisse de grève, d’un « impôt contre-révolutionnaire qui était prélevé ». Balayant d’un revers de manche les propos laissant croire que certains responsables patronaux ne sont pas au courant de ce « système de financement opaque », il a appelé son organisation à contribuer « à faire la lumière et à briser l’omerta ».

Beaucoup de forces s’emploient pourtant à étouffer l’affaire, à commencer par le patronat lui-même qui refuse obstinément de mettre en débat sa représentativité et son financement dans le cadre de la négociation interprofessionnelle sur la représentativité syndicale, dont une séance importante est prévue jeudi. Pour Bernard Thibault, une simple certification des comptes ne saurait suffire à régler le problème. « Les comptes des entreprises sont certifiés et pourtant cela n’a pas empêché des prélèvements occultes pour des opérations inavouables ! » s’est-il exclamé. Pour lui, il faut mener des investigations judiciaires pour dresser la « liste des entreprises à l’origine de ce mécanisme ». Qui a donné de l’argent ? Pour quelle utilisation ? Là sont les vraies questions car cet argent, a-t-il prévenu, appartient aux métallurgistes. Il doit donc leur revenir, a-t-il proposé, se taillant un joli succès auprès des délégués.

Paule Masson

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Tag(s) : #Politique
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