Le patronat carbonisé par « l’affaire UIMM »
Caisse noire « antigrève » de l’UIMM abondée à hauteur de six cents millions d’euros par les surcotisations de grandes entreprises de la métallurgie ; retraits d’argent en liquide à des fins toujours indéterminées - l’expression « fluidification des relations sociales » était, certes, commode dans son ambiguïté, mais elle a fait long feu -, indemnités de 1,5 million d’euros versées à l’ex-président, censément bénévole, de la fédération patronale, Denis Gautier-Sauvagnac ; assurance tout risque offerte aux organisateurs du système prenant en charge par avance les conséquences financières d’une hypothétique condamnation judiciaire ou d’un plus probable redressement fiscal, et furieux airs d’omerta générale… Empêtré dans le scandale, le MEDEF a très, très mal à son image. « Chacun est convenu que ce que nous traversions depuis deux semaines était dangereux pour l’image des chefs d’entreprise, des patrons et du patronat », expliquait, hier matin, Laurence Parisot, à l’occasion d’une conférence de presse.
Le sondage
qui va épouvanter Laurence Parisot
Début mars, après avoir interrompu ses vacances pour tenter d’ériger une muraille entre les « pantalonnades » de la « vieille garde » de l’UIMM et la « transparence », l’« éthique » du « patronat du XXIe siècle », la présidente du MEDEF avait été plus franche encore sur ses inquiétudes personnelles : « Ce genre de comportement est méprisant et méprisable, ça abîme l’image des entreprises, l’image du MEDEF et mon image. »
Selon un sondage CSA réalisé pour l’Humanité, 75 % des Français considèrent que « l’affaire UIMM » est « grave ». Seuls 9 % des personnes interrogées la jugent « peu grave » et 2 %, « pas grave du tout ». Plus significatif encore, ce sont les artisans, les commerçants et les chefs d’entreprise qui s’affichent comme les plus remontés : ils sont 38 % à juger l’affaire « très grave » et 50 % à la trouver « assez grave ». Autre enseignement de ce sondage qui risque de bouleverser la présidente du MEDEF : l’opération « mains propres », mise en scène depuis trois semaines par Laurence Parisot, ne convainc guère. Une large majorité de Français (64 %) pense que la direction du MEDEF était certainement ou probablement « au courant de l’utilisation faite des retraits d’argent effectués par l’UIMM ». On ne trouve que 6 % des personnes interrogées pour donner fermement du crédit à la thèse de la patronne des patrons, selon laquelle elle ignorait tout des opérations discrètes de Denis Gautier-Sauvagnac et de ses acolytes. Dans ces conditions, la défiance à l’égard des organisations patronales est quasi totale. 65 % des Français ne font pas confiance à la direction de l’UIMM « pour qu’à l’avenir les relations sociales soient en France plus transparentes et démocratiques », contre 18 % qui lui font confiance. Derrière les gesticulations « modernistes », le MEDEF de Laurence Parisot ne s’en tire pas nettement mieux : 59 % des sondés ne lui font pas confiance et 33 %, dont une majorité de sympathisants de droite, disent lui faire confiance. Avec 39 % des sondés qui comptent sur lui (contre 59 % qui n’en attendent pas grand-chose sur ce terrain-là), le gouvernement subit un discrédit à peu près comparable. Seules les organisations syndicales de salariés finissent au-dessus de la moyenne : les Français leur font confiance à 55 % pour rendre plus transparentes et démocratiques les relations sociales (contre 41 % qui ne leur font pas confiance).
Thomas Lemahieu
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