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Politique - Article paru le 13 mars 2008 dans l'Humanité

social - économie

La FSU organise un colloque contre la précarité

Emploi . Les non-titulaires, en majorité des femmes, représentent 15 % des effectifs de la fonction publique.

Si ce n’est pas de la maltraitance organisée par l’État, cela y ressemble fort. La FSU présentait hier lors d’un colloque les témoignages de contractuels, vacataires et autres emplois aidés employés dans la fonction publique. Des témoignages qui montrent l’imagination déployée par l’administration pour maintenir un volet croissant de précaires, et les effets désastreux que ces contrats ont sur la vie de ces agents.

La FSU recense une variété impressionnante de contrats hors statut : assistants d’éducation, contractuels, vacataires et professeurs associés dans l’édu-

cation nationale, ATER, moni- teurs, lecteurs dans le supérieur, contrats aidés censés sortir leurs bénéficiaires du chômage, emplois fonctionnels, personnes rémunérées sur les ressources prop- res des universités, saisonniers. Tous ne sont pas précaires, rappelle Pierre Concialdi, chercheur à l’IRES : « On a l’habitude de parler de la précarité à partir de la notion de statut d’emploi, mais on peut être précaire avec un CDI », rappelle-t-il. Comme dans le privé, la précarité dans le public est souvent associée au temps partiel subi : le taux incomplet touche près de 30 % des non-titulaires de la fonction publique, mais 40 % des femmes, déjà surreprésentées dans les contrats précaires. Les possibilités de titularisation se ferment avec la baisse des postes offerts au concours. « De toute façon, comment pouvons-nous les passer en travaillant dans les conditions qui nous sont imposées ? », demande un jeune homme qui enseigne depuis sept ans dans l’académie de Grenoble : il a d’abord enchaîné les remplacements dans toute l’académie com- me contractuel, sans toucher d’indemnités kilométriques, sur des niveaux d’enseignement différents, pour moins de 1 200 euros par mois. « On m’a ensuite proposé un poste de vacataire, payé à l’heure effectuée devant les élèves, sans congés payés, sans indemnités en cas de maladie. »

Très bas salaires, mobilité forcée, travail au sifflet, absence totale d’évolution de carrière : la précarité prive les agents concernés de toute visibilité sur leur avenir personnel ou professionnel. Alors qu’ils représentent officiellement 15 % des effectifs (pour un peu plus de 5 millions de fonctionnaires), sans compter les emplois aidés, les précaires sont « invisibles » : « Trop en décalage avec l’image commune de l’emploi public », déplore Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, qui souligne la difficulté des syndicats à aborder le sujet avec le gouvernement.

Et pour cause : il s’agit pour ce dernier de faire de la précarité un mode de gestion des effectifs, « assis sur l’idée qu’il faut plus de souplesse et que la performance du système est liée à la concurrence entre les individus », selon Gérard Aschieri. Le projet de loi sur la fonction publique « relatif à la mobilité », que le gouvernement a présenté début février aux syndicats, autorise d’ail- leurs les administrations et les établissements publics à faire appel aux agences d’intérim pour des remplacements. À l’issue du colloque, plusieurs délégations de la FSU devaient rencontrer ministères et groupes parlementaires pour leur rappeler qu’une « fonction publique assumant des missions de qualité est incompatible avec la précarité ».

Lucy Bateman

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Tag(s) : #Société
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