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International - Article paru le 6 mars 2008 dans l'Humanité

à trois jours des législatives, l’Espagne affiche une mine déconfite

Élections . Reportage dans un quartier populaire de Madrid à la veille du scrutin du 9 mars. Malaise social des Espagnols qui payent le prix d’une économie dopée par la construction et la précarité du travail.

Madrid (Espagne), envoyée spéciale.

Depuis la butte du Tio Pio, où autrefois s’amoncelaient des logements de fortune, Madrid affiche ses désirs d’expansion. « Vallecas a des jolis points de vue, non ? », s’enquiert avec fierté Mariano Monjas. Voilà plus de quarante ans que cet ancien chauffeur de taxi à la retraite vit dans ce quartier populaire et ouvrier du sud de la capitale espagnole. Animateur d’une association de locataires, Mariano a suivi pas à pas la transformation de Vallecas. D’abord, « les bidonvilles dans les années soixante ». « Chassés par la pauvreté des campagnes, les gens se sont installés ici, se souvient-il. La nuit, ils construisaient des maisons de fortune pour éviter que la police ne les déloge. » Puis dans les années quatre-vingt, en pleine explosion de la movida, Vallecas a connu les ravages de la drogue. « On a créé une sorte de périphérie où se sont entassés les drames de la pauvreté et de la marginalité », poursuit Mariano Monjas. Vu d’en haut, le quartier est une enclave, coincé entre deux autoroutes. Vallecas depuis vieillit. Et d’autres problèmes ont surgi. Après « une vie consacrée à la lutte parce qu’il faut bien dénoncer ce qui ne va pas », Mariano Monjas s’exaspère : « Il n’y a pratiquement pas d’aides sociales et les rares existantes ne répondent pas aux besoins des plus démunis, à commencer par les retraités et les immigrés. »

Zone Pablo-Neruda, sur le flanc d’un bâtiment aux traditionnelles briques rouges, une croix gammée dénote au milieu des autres graffitis. Angel se hâte, sa petite fille l’attend à la sortie de l’école. Une façon d’aider son fils. Car, si autrefois la famille constituait un filet de sécurité, les temps ont changé. « J’ai cotisé pendant plus de quarante ans pour toucher une retraite de 640 euros, se plaint Angel. Une fois payées les dépenses courantes, qu’est-ce qu’il me reste ? » L’alignement des petites retraites sur le salaire minimum (600 euros), voté par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, qui brigue un second mandat le 9 mars prochain, a certes amélioré le quotidien mais pas de quoi fouetter un chat. Mariano Monjas acquiesce : « Je me prive comme jamais, les fins de mois sont difficiles. » Seul rempart aux tracas quotidiens : leur logement acquis à l’aune des années soixante-dix pour une bouchée de pain. « Aujourd’hui je ne pourrais pas me le permettre », poursuit Mariano. Un appartement dans Vallecas, acheté à l’époque 700 euros, coûte désormais plus de 180 000 euros. Le quartier a explosé sous les champs de grue, à l’instar de la capitale et des grandes villes, la construction ayant servi de dopant à l’économie du pays. La spéculation foudroyante s’est taillé la part du lion, poussant vers les périphéries des milliers d’Espagnols incapables de supporter la flambée des prix de l’immobilier - plus de 200 % depuis 1997.

En contrebas de la zone Pablo-Neruda, San Diego affiche une mine décrépite. On peut encore y voir les décombres des premiers lotissements construits en dur. D’autres édifices aux fenêtres murées donnent sur le parking où des carcasses de voitures cohabitent avec des véhicules de seconde main. Paco est au chômage depuis plusieurs mois et, comme nombre de jeunes Espagnols, partage la désillusion de ne se voir offrir que des emplois précaires. « On nous dit que l’économie va bien, mais pour qui ? », dit-il, désabusé, en allusion aux chiffres avancés par le gouvernement socialiste qui martèle qu’avec une croissance de 3,7 % l’Espagne n’est pas en crise. Le trentenaire affiche son désenchantement, en rappelant qu’« avec les rances du PP » (parti populaire, droite conservatrice), « c’était pire encore ». Paco regrette « d’être si dépendant de ses parents mais mes petits boulots ne permettent pas de vivre et encore moins d’avoir un toit ».

Au-dessus d’une agence immobilière qui a mis la clé sous la porte, Emma explique, dans son petit appartement coloué, qu’elle ne sera pas esclave des fameuses hypothèques qui étranglent les Espagnols. De toute façon, elle ne le peut pas. Traductrice de formation, elle est cantonnée « à faire des photocopies toute la journée » pour un salaire de 900 euros après avoir été téléopératrice, ou encore serveuse. « Dédier sa vie à payer une maison alors que je ne sais même pas ce que je ferai demain me paraît absurde », explique Emma. D’autant, dit-elle, que « le panorama est plutôt grave » avant d’espérer, tel un sursaut, « que la gauche et les syndicats se remonteront les bretelles ».

Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Monde
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