L’Humanité des débats
La rupture de 1789
Par Jean-Michel Quillardet, Grand maître du Grand Orient de France
Agnostiques, athées, chrétiens ou non chrétiens se trouvent blessés par l’affirmation du président de la République considérant « que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas associée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini… ». Chacun dans la République laïque, justement, est libre d’espérer, de désespérer, ou de ne rien attendre…
Qui peut juger la justesse de la recherche de chacun d’entre nous et de ses positionnements à l’égard des origines, des mystères de la vie et de la mort ? Pas le président, certainement pas la République, ni un quelconque État. Il y a là une tentative d’imposer, en quelque sorte, à chaque citoyen la nécessité d’une dimension spirituelle qui ne peut que provoquer la colère de ceux qui partagent le projet d’un pacte républicain et laïque. La morale laïque, la pensée philosophique athée, la pensée agnostique ne sont-elles pas, elles aussi, constitutives de notre nation ?
Quelle est cette idée saugrenue de considérer que le christianisme a façonné la nation française ? Certes, il faut citer Péguy, Claudel ou Bernanos, et également André Gide, Sartre, Camus… Mais le christianisme tout au long des siècles, en tout cas du Moyen Âge à la Révolution française, s’est aussi traduit par un catholicisme d’État qui n’était pas particulièrement épris des libertés individuelles et qui participait institutionnellement à l’absolutisme politique. Comment ne pas oublier le Chevalier de la Barre qui fut roué parce qu’il n’avait pas enlevé son chapeau devant une procession religieuse ? Voltaire le défendit. Faudra-t-il trouver de nouveaux Voltaire ?
La France a de multiples histoires : la Grèce, Platon, Socrate, Aristote et Rome, naturellement… L’église catholique, sans doute, mais surtout l’humanisme de la Renaissance, du XVIe siècle et la pensée des Lumières qui prône la liberté absolue de conscience sont tout aussi porteurs de l’identité nationale. Mais il y a bien eu une rupture en 1789 entre deux formes de société proposées. Celle qui prône le religieux, l’inné et l’autorité et celle qui, au contraire, met en avant le libre examen, l’acquis et la liberté. La laïcité n’est pas épuisée et elle ne mène pas au fanatisme. Elle est le moteur pour empêcher les savoirs imposés, les dogmes et les cléricalismes de quelque sorte qu’ils soient. La laïcité n’est ni négative ni positive. Elle est la laïcité.
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