SPÉCIAL ÉLECTIONS
« Marseille souffre d’un manque de vision »
Marseille,
correspondant régional.
Astrophysicien, président du pôle de compétitivité POP
Sud (photonique), adjoint, entre 1989 et 1995, de Robert Vigouroux, l’ex-maire (divers gauche) de Marseille, partisan du « non » lors du
référendum en 2005, membre des comités antilibéraux : Jacques Boulesteix est un personnage atypique. Il a accepté de figurer - en position éligible - sur une des listes de la gauche emmenées par le socialiste Jean-Noël Guérini. « La raison principale de mon engagement, c’est qu’on ne peut pas continuer six ans de plus avec Gaudin. »
Justement, que reprochez-vous à la gestion du maire sortant ?
Jacques Boulesteix. Marseille est une ville mal gérée et peu attractive. On peut ici faire référence à quelques indicateurs - de population, de services, de projets - qui se montrent pertinents pour toutes les grandes métropoles. En termes d’évolution de la population, il n’y a aucun dynamisme. Lyon, Toulouse et Montpellier enregistrent une hausse importante du nombre de nouveaux habitants. Pas Marseille, contrairement à ce que dit Jean-Claude Gaudin. L’augmentation de la population résulte uniquement du solde naturel (naissances-décès - NDLR). Le taux de remplacement de la population constitue un autre indicateur de dynamisme : il est de 12 % à Marseille contre 30 % à Lyon depuis une dizaine d’années.
Sur l’aspect des services, ensuite. La seule proposition du maire sortant, c’est de faire fonctionner mieux ce qui existe déjà : propreté, transports, services de proximité. C’est très significatif du fait que ça ne marche pas, en fin de compte. Le programme de Gérard Collomb à Lyon est basé, lui, sur les services à développer.
Après, il y a les projets. Depuis treize ans, il n’y a pas eu de grands projets, si ce n’est la continuation de ceux qui étaient dans les tuyaux, comme Euroméditerranée. Ils n’ont pas été abandonnés, c’est déjà ça… La gare Saint-Charles, c’est vraiment le type de projet à la Gaudin. Elle devait être terminée au moment de l’arrivée du TGV en trois heures, afin de bénéficier au maximum de l’impact. On vient de l’inaugurer, sept ans après…
Enfin, sur la gestion, il faut rappeler que la ville et la communauté urbaine sont les plus endettées de France. Pour quels projets de développement ? Je n’en vois pas. Cela révèle finalement une absence de vision de Marseille. En fait, Jean-Claude Gaudin n’a aucune idée de ce qu’est une métropole mondiale qui crée de la richesse.
Vous répétez souvent que Marseille a une carte à jouer : celle de l’économie de la connaissance. Que pourrait faire une équipe municipale pour aider la ville à relever ce défi ?
Jacques Boulesteix. La ville peut accompagner le développement en apportant le confort d’un soutien politique, en favorisant les conditions de vie des étudiants, la desserte des sites universitaires. Le développement économique relève lui-même de la communauté urbaine, qui a la possibilité d’investir comme cela a été fait pour les technopoles. Il faut absolument créer de nouvelles zones en déterminant, pour chacune d’entre elles, l’effet économique porteur, par exemple dans le domaine de l’économie portuaire qui a un grand besoin que se développent des entreprises technologiques. L’urgence, c’est la définition d’un schéma directeur de l’économie, qui aujourd’hui n’existe pas.
La main-d’oeuvre marseillaise au chômage souffre surtout d’une sous-qualification. En quoi prendre le virage de l’économie de la connaissance, porteuse d’emplois qualifiés, permettrait-elle de faire reculer le fléau du chômage (12,5 %) ?
Jacques Boulesteix. On ne peut pas le faire s’il n’y a pas un effort en matière de formation. Il faut accompagner l’augmentation du nombre d’emplois qualifiés de la signature de conventions et de partenariats avec tous les organismes de formation. Mais, vous savez, l’emploi qualifié ne se résume pas à un directeur de thèse. Dans l’environnement, par exemple, un tas d’entreprises se créent et n’arrivent pas à embaucher. Il faut mesurer également l’effet d’entraînement de ce type d’emplois qualifiés. Il y a un premier effet, direct - on estime qu’un poste d’ingénieur génère quatre à huit emplois qui eux-mêmes entraînent, par induction secondaire, la création d’autres emplois. À Marseille, on peut penser que l’induction serait très forte dans un premier temps.
Dans cette campagne, on entend nombre d’électeurs faisant part de leur sentiment de « copier-coller » entre les programmes de Gaudin et Guérini. Qu’en pensez-vous ?
Jacques Boulesteix. Je suis d’accord avec l’idée que la différence n’est pas assez marquée. Mais, avec Gaudin, on sait que l’on se trouve face à une mauvaise gestion et une absence de vision. Avec Guérini, on peut raisonnablement penser qu’il a une méthode de gestion, éprouvée au conseil général, et qu’il peut redonner du souffle à une vision de la ville. Plus on a de retard, plus l’aspect vision est important. La troisième différence potentielle tient à la façon dont les Marseillais pourraient être impliqués dans la vie de la cité, dans les choix et la mise en pratique de décisions municipales.
Entretien réalisé par Christophe Deroubaix
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