Ankara veut écraser la rebellion kurde sous les bombes
Les troupes turques, entrées en Irak officiellement pour pourchasser les combattants du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan), étaient engagées, hier mardi 26
février, dans d’intenses combats avec les rebelles kurdes, alors qu’elles s’approchaient d’un de leurs principaux camps. Ce camp, situé dans une profonde vallée à six kilomètres de la frontière
turque, serait l’un des principaux points de passage utilisés par le PKK pour s’infiltrer en Turquie et exfiltrer les combattants.
éradiquer les séparatistes
Les affrontements se poursuivaient également depuis lundi soir dans la région montagneuse de Hakurk, plus à l’est, où l’armée turque a déposé des troupes par hélicoptère, tandis que d’autres
appareils de combat bombardaient des positions du PKK. Selon lée turque, au moins 153 rebelles kurdes et 17 soldats turcs ont été tués. Un bilan quasiment inverse de celui fourni par le PKK (81
soldats et trois rebelles tués).
Cette opération militaire turque - il devient difficile de parler de simple incursion au vu des moyens mis en oeuvre pour tenter d’éradiquer les camps du PKK - est la seconde en trois mois. Depuis des années, Ankara mène de telles offensives, y compris lorsque le Kurdistan irakien ne dépendait plus de Saddam Hussein. Pourtant, cette fois il semble que le pouvoir turc ait décidé de se donner les moyens d’en finir une fois pour toutes avec les visées séparatistes. Et ce avec l’aval des États-Unis, qui ne savent décidément rien refuser à cet allié indispensable, membre de l’OTAN - qui avait su et pu dire non à l’utilisation de son sol pour envahir l’Irak en 2003 - et dont les bases militaires sont plus que nécessaires aux troupes américaines dans la région.
Washington fournit depuis des mois un appui logistique aux Turcs dans le cadre du renseignement et signale tous les mouvements des rebelles dans le Kurdistan irakien. Comme Sharon en Israël, qui faisait de Yasser Arafat « son » Ben Laden pour mieux imposer la répression du mouvement palestinien, Abdullah Gül, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre, et le général commandant l’état-major, Yasar Büyükanit, s’abritent derrière la « lutte contre le terrorisme international » pour mener les attaques contre les camps du PKK. Faisant ainsi oublier la répression sauvage dont sont victimes les Kurdes de Turquie. Dans le fracas des armes, on oublie d’ailleurs la revendication de cette population, qui ne demande souvent qu’à vivre dans le respect de ses traditions et en utilisant sa propre langue.
L’offensive menée par Ankara pourrait cependant avoir d’autres répercussions. Nechirvan Barzani, le premier ministre du gouvernement régional autonome du Kurdistan
d’Irak, avait averti à l’avance qu’une frappe turque constituerait un « désastre » pour tout le monde, excepté le PKK. Il ajoutait, jetant visiblement l’héritage progressiste des
Kurdes irakiens par-dessus bord : « Les États-Unis et les alliés occidentaux seront brouillés avec un allié vital de l’OTAN et les économies et peuples de la région, notamment en
Turquie, en Syrie, en Iran et en Irak, en pâtiront. » Dimanche, Bagdad, dont le président n’est autre que Jalal Talabani, auparavant chef de l’Union du peuple du Kurdistan (UPK), a demandé
à Ankara de retirer ses troupes « le plus tôt possible » de la région, dénonçant une atteinte à la souveraineté de l’Irak.
les états-unis, puissance occupante
En intervenant de la sorte, la Turquie montre d’abord qu’elle fait peu cas du pouvoir en place à Bagdad. Par leur attitude, le commandement militaire américain, le Pentagone et la
Maison-Blanche se comportent bien en puissance occupante. ce qui, à terme, pourrait avoir l’effet inverse que celui recherché. Massoud Barzani, le président du Kurdistan irakien, a prévenu que
si des civils irakiens étaient touchés, il lancerait « un appel à la résistance générale ». Ankara, qui craint par-dessus toute l’autonomie d’un Kurdistan à ses portes, utilise le PKK
comme prétexte pour montrer les crocs. Il constate la faiblesse des directions politiques, mais il n’est pas certain que les peuples kurdes, disséminés en Irak, en Turquie, en Syrie et en Iran,
acquiescent sans broncher.
Pierre Barbancey dans L’Humanité du 27 février
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