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Tribune libre - Article paru le 23 février 2008

l’Humanité des débats

Le crime inexpiable de Vichy

Par le conseil départemental des Pyrenées-Orientales du Mouvement de la paix (*).

Pourquoi Sarkozy a-t-il menti sur la nationalité ds enfants juifs livrés aux nazis ?

Le président de la République a fait devant le CRIF une déclaration rapportée dans des termes concordants par tous les médias, et qu’on trouve formulée comme suit dans un quotidien daté de ce jour : « Il a aussi annoncé son souhait de voir confié à chaque élève de CM2 la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. »

En vous présentant à ce sujet les considérations qui suivent nous pensons être fidèles à notre vocation de militants pacifistes, opposés à toute espèce de discrimination, et attachés à promouvoir la culture de la non-violence et de la paix, dans l’esprit de la décennie décrétée par l’Assemblée générale de l’ONU (résolution 53/25 du 19 novembre 1998).

Nous savons que le projet suscite pour des raisons de fond des réserves nombreuses dont la plupart nous paraissent justifiées, venant d’historiens, de psychologues, de pédagogues et d’enseignants, qui sont alarmés à divers titres par la confusion entre histoire et mémoire ; pourtant c’est spécialement sur une erreur historique contenue dans la formulation du projet que nous croyons devoir vous alerter : l’adjectif « français » qualifiant ces onze mille enfants victimes de la Shoah est à la fois impropre et discriminatoire. La plupart de ces enfants appartenaient à des familles de juifs étrangers, car l’un des crimes majeurs de l’État vichyste, en tant qu’auxiliaire de l’extermination, c’est le fameux accord Bousquet-Oberg, du 2 juillet 1942, en fonction duquel ont été effectuées les rafles de juillet en zone occupée, puis en zone libre les rafles d’août. On connaît les conditions : sous prétexte d’obtenir la sauvegarde de ses nationaux, Vichy livrait à Hitler des juifs étrangers de tous âges, des familles entières, qui s’entassèrent notamment au Vel’d’Hiv., des gens dont beaucoup avaient quitté leur pays pour échapper à la persécution, et qui avaient cru trouver en France la sécurité pour eux-mêmes et pour leurs enfants, confiants dans la vocation d’asile de notre pays. L’entreprise exterminatrice nazie s’est poursuivie ensuite selon des modalités diverses, engageant diversement la responsabilité de l’État vichyste ; elle n’a pas épargné les juifs français, mais les juifs étrangers et leurs enfants, nouveau-nés y compris, sont demeurés le coeur de la cible.

Le président ignorait-il cette particularité de notre histoire ? Ou devrions-nous penser qu’il entend cacher aux enfants de CM2 le crime inexpiable de l’État collaborateur ? Se pourrait-il qu’il veuille subordonner la défense des droits humains à un principe de préférence nationale qui leur est violemment contraire ? A-t-il souhaité, en infligeant cette entorse à la vérité historique, se mettre à couvert de certains rapprochements qu’inspirent aujourd’hui, parfois, les expulsions d’enfants d’étrangers arrachés aux établissements scolaires qui les accueillent ?

Voilà des questions que nous poserons publiquement. Il nous semble qu’en votre qualité de représentant de l’État dans notre département, vous seriez dans votre rôle en les faisant remonter vers l’Élysée, avec l’espoir d’obtenir une salutaire mise au point.

(*) Extraits d’une lettre du 15 février au préfet des Pyrénées-Orientales et à l’inspecteur d’Académie par Noëlle Canadell et Jean-Pierre Kaminker (voir aussi la déclaration du 16 février du Mouvement de la paix : « Mémoire : pour une éducation à la culture de paix » ) .

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Tag(s) : #Politique
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