Jean-Pierre Daniel : « La nécessité pour chacun de la pratique artistique »
« J’ai vécu toute ma vie de cinéma à Marseille. Depuis vingt ans, je m’occupe d’un cinéma municipal du côté de l’Estaque. Je
suis cinéaste, j’ai été conseiller technique auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports et mes activités participent autant de la création
que de la pédagogie. De là, j’ai développé Enfants de cinéma, qui coordonne les dispositifs École et cinéma en
France. Je considère essentiel le lien très étroit entre éducation artistique et action culturelle. Qu’il s’agisse de pédagogie ou de diffusion, c’est un même travail permanent de relations avec le public.
Nous ne nous contentons pas de mettre des films à l’affiche. Les ateliers, le travail avec les enfants, le rapport
à la vie sociale ou la présence des artistes participent d’une même chaîne. Lors de la rencontre au Saint-André des-Arts, je suis intervenu au nom de tous les acteurs de l’éducation artistique cinématographique et audiovisuelle en temps scolaire et hors temps scolaire, qui se sont déclarés solidaires de
l’appel qui nous réunit.
Nous ressentons les effets de cette politique de désengagement de l’Étatde régulation marchande. Le président de la République n’a cessé
de réaffirmer la priorité qu’il faudrait accorder à l’action éducative. D’ailleurs, le financement d’État alloué aux Enfants de cinéma est conforme
à cet engagement. Mais notre travail est totalement dépendant de celui des acteurs culturels.
Nous défendons depuis des années l’idée que les actions d’éducation artistique publiques cinématographiques, certes appuyées sur une puissante industrie culturelle audiovisuelle, ne pouvaient
être organisées selon les lois du marché capitaliste qui régissent cette industrie comme la rentabilité, les appels d’offres ou "la libre concurrence". L’action culturelle est paupérisée de
longue date, et cela inclut les "années Lang". Aujourd’hui, elle est souvent réduite à des miettes que le gouvernement voudrait supprimer. En termes
budgétaires, on voit bien qu’une à une les baisses de crédits ne représentent pas des sommes formidables. L’argument économique ne tient pas.
En revanche, existent partout de véritables militants de l’action culturelle qui montent des associations, des festivals ou d’autres initiatives avec des
bouts de ficelle. Une réduction leurs moyens de quelques milliers, voire quelques centaines d’euros les réduit à néant. Il me semble que
se développe une politique qui tendrait à l’idée que la création est un espace autonome. Il suffirait de placer çà et là des "médiateurs" pour combler le fossé qui sépare
cet espace des publics. C’est oublier la nécessité pour tout un chacun de la pratique artistique,
de l’expérimentation.
Concernant la culture, tout le monde est expert. Nous venons d’être contactés par les élèves d’un lycée
professionnel qui souhaitent rencontrer le cinéaste Paul Carpita après avoir vu l’un de ses films, Graines au vent. Ils aimeraient qu’il leur parle du port dont ces gamins, marseillais
pourtant, sont coupés.
Nous sommes loin du marketing et de la promotion. Nous devons nous battre pour que vivent
ces précieux allers-retours. »
Propos recueillis par D. W.
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