La retraite, une affaire de jeunes
« Quand je propose à un jeune de parler des retraites, il me répond : "J’ai déjà du mal à payer mon loyer, à accéder aux soins, je suis sous-payé, alors…" »Vendredi dernier, à Montreuil, Romuald, syndicaliste des Bouches-du-Rhône, était l’un des 200 jeunes, salariés et étudiants, à avoir répondu à l’invitation lancée par la CGT : débattre des enjeux de la retraite avec des responsables syndicaux et des experts. À la tribune, des dirigeants de la CGT, de la FSU, de la CFTC, mais aussi de l’UNEF et de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Première en son genre, cette rencontre nationale illustrait la volonté du syndicat d’engager un travail en profondeur pour sensibiliser la jeunesse à la problématique de la retraite. À la CGT, on en est, en effet, convaincu : pour être couronnée de succès, c’est-à-dire non seulement mettre en échec le projet de réforme sarkozyen (allongement à 41 ans de la durée de cotisation), mais conforter le système par répartition et assurer un haut niveau de garanties pour tous, la bataille qui s’annonce devra rassembler très largement, et en particulier inclure les jeunes générations. Peut-on réaliser « quelque chose d’analogue » au mouvement qui, en 2006, réunissant enfants, parents, parfois même grands-parents, avait eu raison du CPE, interroge Jean-Christophe Le Duigou ?
Les obstacles à surmonter ne sont pas minces. Difficile de se projeter loin en avant quand le quotidien est fait de chômage, de précarité, de difficulté d’accès à l’autonomie, souligne Inès Minin, présidente de la JOC. Les jeunes sont « pessimistes pour l’avenir », note-t-elle, enquête d’opinion à l’appui. Un pessimisme alimenté aussi par une propagande lancinante assénant l’idée selon laquelle, du fait de la démographie, des déficits, la Sécu ne serait plus en mesure de servir un revenu décent aux futures générations de retraités. Il ne resterait plus qu’à s’en remettre aux « solutions individuelles » vendues par les banquiers. Un pressing non sans effet : selon un sondage récent, une majorité de 18-24 ans accordent désormais leur confiance au système par capitalisation (49 %, contre 48 % pour la répartition).
Dans l’assemblée réunie à Montreuil, le fatalisme n’était pourtant pas de mise. Personne ne conteste l’impact de la démographie (arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom, allongement de l’espérance de vie) sur l’équilibre financier de la Sécu. Mais « si, pour la première fois, une génération va vivre des conditions de retraite moins bonnes que la précédente, ce n’est pas parce que la société est moins riche », lance Raynaldo, étudiant à Nanterre. « On produit plus de richesses, note-
t-il. Il n’y a pas de raison de ne pas avoir le même niveau de retraite que les anciens. » « La jeunesse ne doit pas laisser les chiffres confisquer le débat sur l’avenir », « les règles de la retraite contribuent à façonner la société de demain », plaident tour à tour Gérard Aschéri (FSU) et Bernard Thibault (CGT).
Si la perspective de nouveaux reculs sociaux doit être combattue, pour autant le statu quo n’est pas de mise. Pour mobiliser les jeunes, il ne suffit pas de « leur faire comprendre la valeur du système fondé en 1945 », explique Jean-Christophe Le Duigou. Il s’agit de « le faire fonctionner pour que tout le monde puisse s’y retrouver ». Enrayer la baisse des pensions est une condition essentielle. Pas la seule. Des « adaptations » du système s’imposent, « sinon les jeunes ne verront pas l’intérêt de cotiser », dit Mickael, responsable de l’UNEF. Les carrières, en effet, ont changé, elles démarrent plus tard, du fait de l’allongement des études (à 26, 27 ans, ce qui, vu les règles actuelles de la retraite, repousse l’âge du départ à 68, 69 ans), plus difficilement aussi, en raison de la précarité. Le syndicat étudiant et la CGT soutiennent l’idée d’une prise en compte des années d’études, de formation, d’insertion, dans le calcul de la retraite, moyennant une cotisation « symbolique » : « Les étudiants sont des travailleurs en formation. Les périodes d’études, de qualification ne doivent pas être pénalisantes pour l’avenir », justifie Jean-Baptiste Prevost, président de l’UNEF. Cette revendication devrait figurer en bonne place dans les prochaines mobilisations.
Yves Housson
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