Bernard Thibault : « trois ans de reculs, ça suffit »
Entamées il y a trois ans, les négociations sur la prise en compte de la pénibilité dans le droit à retraite en seront le 4 mars à leur 16e séance. À l’approche de ce rendez-vous, la CGT exprime une franche exaspération devant l’attitude du MEDEF. Pendant ces trois années, « on a été ballotté entre réticences, atermoiements et reculs des positions patronales », résumait hier Bernard Thibault, devant la presse. Ainsi, après l’avoir, un temps, accepté, le MEDEF conteste à nouveau le lien entre pénibilité du travail et espérance de vie. Au mépris de nombreuses études faisant état d’un « écart d’espérance de vie entre ouvriers et cadres » de sept ans. Lors de la dernière séance, le 6 février, l’organisation de Mme Parisot a mis sur la table des propositions qui ont littéralement scandalisé ses interlocuteurs syndicaux. Elles consistent en un dispositif de travail à temps partiel, dont l’accès serait soumis à des conditions très restrictives : seraient éligibles les seuls « ouvriers et employés d’exécution », de 58 ans et plus, ayant 40 ans d’activité, dont 30 ans de travaux pénibles, et, pendant ce dernier laps de temps, dix ans d’exposition à au moins trois critères de pénibilité. De surcroît, l’état de santé de chaque candidat devrait présenter « des traces durables et irréversibles »de cette exposition. « Le dispositif qu’on nous propose, c’est pour les morts ! », traduit Éric Aubin, l’un des négociateurs CGT.
nécessaire pression revendicative
« Intransigeante », depuis le début, sur l’exigence de réparation qui découle de la simple justice sociale, la CGT a fait des propositions précises, détaillées, et financées, pour la mise en oeuvre d’un véritable nouveau droit au départ anticipé. Les salariés ayant été exposés à des pénibilités reconnues (efforts physiques lourds, environnement agressif, rythmes de travail contraignants) verraient ces périodes enregistrées au fur et à mesure. Et ils cumuleraient sur un « compte temps pénibilité » des droits dont ils seraient libres de disposer sous forme d’une retraite progressive ou d’un départ anticipé. Les employeurs financeraient ces mesures par une contribution mutualisée.
Si la CGT a présente le projet le plus élaboré, « les cinq confédérations disent la même chose depuis 3 ans », note Éric Aubin. Mais « le MEDEF reste sourd ». Tandis que le gouvernement fait preuve d’une coupable « inertie », pointe Bernard Thibault. D’où la décision du syndicat de « muscler » son intervention : le 4 mars, afin que la négociation « se tienne sous une pression revendicative », la confédération et seize fédérations (construction, chimie, agroalimentaire, santé, transport, etc.) cégétistes appellent à une journée d’action « sur les sites, dans les territoires ». Un premier rendez-vous s’inscrivant dans un plus vaste « processus de mobilisation » sur la retraite (voir agenda ci-contre), destiné à « peser » sur le chantier de réforme annoncé par Nicolas Sarkozy pour le printemps.
Yves Housson
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