Champagne pour les actionnaires
Total
Bénéfice net :
13,2 milliards d’euros
Malgré ses superprofits qui deviennent plus mirobolants d’une année à l’autre, le géant pétrolier français, condamné conjointement avec l’armateur et la société de classification Rina à verser 192 millions d’euros aux parties civiles après la catastrophe de l’Erika, n’a pas hésité longtemps à faire appel, tout en invitant les parties civiles à se désister définitivement en contrepartie du versement de dédommagement. La coordination CGT de la multinationale condamne cette procédure de Total qui « tente d’échapper à ses responsabilités », comme il le fait « vis-à-vis des salariés lorsque ceux-ci font valoir leurs droits dans le cas de maladies professionnelles, d’accidents de travail ou de discriminations syndicales ». Dans un éloquent communiqué publié mercredi, Charles Foulard, coordinateur CGT chez Total, dévoile le côté obscur des superprofits du pétrolier. Selon lui, « 60 % des salariés du groupe Total », ceux qui travaillent pour des filiales comme Grande Paroisse, Hutchinson, Bostik et d’autres encore « sont systématiquement mis à l’écart lors des négociations salariales ». « Dans ses filiales, Total impose aux salariés une politique sociale à la Michelin, écrit-il. Salaires proches du SMIC, discrimination syndicale, précarisation des emplois, travail en équipe, de jour, de nuit, le week-end, avec des conditions de travail qui agressent la santé, pour 1 000 à 1 300 euros par mois, avec pour seule prime, celle de subir la répression, les atteintes aux libertés. Le niveau record des bénéfices rend encore plus inacceptables les 177 suppressions d’emplois dans le marketing France et celles annoncées dans la logistique. » Pour la CGT, qui rappelle les menaces qui pèsent sur les activités pétrochimiques en Moselle, « Total préfère privilégier le rachat de ses propres actions (1,7 milliard d’euros soit 110 326 emplois au SMIC par an) plutôt que de conforter l’activité économique de ses filiales par l’investissement et la recherche, et de traiter dignement les salariés ».
Renault
Bénéfice net :
2,7 milliards d’euros
Le constructeur automobile a annoncé hier un bénéfice net pour l’année 2007 en baisse de 7,52 %, à 2 669 milliards d’euros, en raison de la moindre contribution des entreprises associées comme Nissan. Mais sa marge opérationnelle est en hausse : elle s’élève à 1 354 milliard, soit 3,3 % du chiffre d’affaires, contre 2,6 % en 2006, pour un chiffre d’affaires de 40 682 milliards d’euros (+1,8 %). Pour la CGT de Renault, « si les actionnaires peuvent se réjouir de tels résultats, ce sont les salariés qui en ont payé le prix fort ». « Renault a perdu 1 085 salariés entre 2006 et 2007, rappelle le syndicat. L’internationalisation de Renault, permise par les moyens dégagés par les sites d’Europe de l’Ouest, ne doit pas se faire désormais à leur détriment. Les moyens financiers doivent être investis dans notre outil industriel, dans nos bureaux d’études, dans la recherche et donc dans l’emploi et les salaires. C’est la condition pour que Renault consolide ses positions sur les marchés les plus rentables, en Europe occidentale. » Alors que les négociations salariales commencent ce vendredi dans le groupe automobile, la CGT attend des réponses de la direction sur les « revendications légitimes des salariés ». « La direction ne peut plus en appeler à la modération salariale pour les plus faibles salaires et distribuer toujours plus de dividendes (de 686 millions d’euros en 2006 à 913 millions d’euros en 2007) et de stock-options aux actionnaires et aux plus hauts revenus. » La CGT indique enfin sur la base des chiffres publiés dans le rapport annuel remis à l’Autorité des marchés financiers qu’en mars 2007, le président de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, « a levé 200 000 actions à 40,82 euros » et qu’« il touchera 760 000 euros de dividendes ». Quant à Louis Schweitzer, ancien patron du constructeur et membre du conseil d’administration, « il frôle les 15 millions d’euros de bénéfices depuis 2005, rien que sur des opérations de stock-options ».
L’Oréal
Bénéfice net :
2,6 milliards d’euros
Le géant des cosmétiques a réalisé en 2007 un bénéfice net en hausse de 28,9 % à 2 656 milliards d’euros. Cinq syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et FO) du groupe l’Oréal ont appelé jeudi à un mouvement de grève national le 18 février afin de « montrer à la direction la détermination des salariés », à la veille de la deuxième réunion de négociation annuelle sur les salaires. Dans un communiqué, les syndicats exigent « une revalorisation annuelle et systématique de tous les salaires par des augmentations générales, basée au minimum sur l’inflation en plus de la récompense liée au mérite ». Ils souhaitent aussi un rattrapage de 9 % « dès cette année pour compenser la perte des années antérieures ». Les syndicats demandent aussi que l’intéressement soit exclu des calculs de progression du salaire et un retour à un treizième mois « pour contrer le blocage de l’intéressement ».
Unilever
Bénéfice net :
4,1 milliards d’euros
Les analystes financiers font un peu la gueule : si le bénéfice net du conglomérat anglo-néerlandais de l’agroalimentaire et de l’hygiène « fond » de 18 % à 4,1 milliards d’euros, c’est parce qu’Unilever est, nous explique-t-on, « plombé » par les 875 millions d’euros provisionnés pour financer la restructuration du groupe, annoncée l’été dernier. Alors qu’en Europe le nombre d’employés de la multinationale est déjà passé de 80 000 en 2000 à 44 000 en 2007, Unilever prévoit de supprimer 20 000 emplois supplémentaires d’ici à 2010, en fermant une soixantaine de sites, principalement en Europe, et en cédant des actifs. Les conséquences de ce plan se constatent dans la plupart des usines Unilever en France, où des suppressions d’emplois ont d’ores et déjà été opérées ou sont programmées. Chez Miko, à Saint-Dizier, les salariés continuent de protester contre la casse de leur outil de travail et de leurs emplois ; ils manifesteront ce vendredi pour obtenir des investissements, plutôt que des licenciements.
SNECMA (groupe Safran)
Dividendes versés à la holding : 0,3 milliard d’euros
Venus des sites de Corbeil-Essonnes (Essonne), de Villaroche (Seine-et-Marne), et de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), 600 salariés ont manifesté, hier, devant le siège du motoriste aéronautique à Courcouronnes (Essonne). À l’appel de la CGT, de la CFDT et de FO, ils exigent le retrait d’un projet d’accord salarial, retoqué par les syndicats en Comité central d’entreprise (CCE), qui ne prévoit qu’une augmentation générale des salaires de 1,5 %. Au cours du dernier conseil d’administration de SNECMA, à la mi-janvier, la direction avait annoncé que le chiffre de remontées des dividendes à la holding Safran devrait dépasser 300 millions d’euros. Les syndicats ont fait le calcul : ces dividendes représentent 40 000 euros par salarié. Or, à leurs yeux, ces sommes, en augmentation de 30 % par rapport à l’année précédente, doivent servir durablement la politique salariale pour 2008 et à venir, avant d’être transformées en dividendes. À la mi-janvier, le groupe Safran, qui est le résultat de la fusion entre le motoriste SNECMA et l’électronicien SAGEM, avait déjà annoncé une baisse de ses effectifs en 2008 : 1 000 emplois (sur 39 400 en France) seront supprimés sans licenciement ni plan social, au profit des implantations du groupe à l’étranger. Selon Dominique-Jean Chertier, membre du directoire de Safran, cette réduction des effectifs en France doit permettre d’« améliorer la productivité » et de rééquilibrer les emplois en faveur des techniciens et des ingénieurs, et, évidemment, au détriment des emplois ouvriers à la production. Safran a enregistré en 2007 un bénéfice net de 406 millions d’euros qui a plus que doublé par rapport à 2006 et se situe presque au niveau de 2005 (444 millions). Le résultat opérationnel a atteint 706 millions d’euros (+51,8 %), soit une marge de 5,9 % supérieure aux prévisions initiales (5 %).
Thomas Lemahieu
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