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Politique - Article paru le 15 février 2008 dans l'humanité

Shoah. La mémoire instrumentalisée

Nicolas Sarkozy propose une vision culpabilisante de la Shoah aux enfants de CM2.

« Faire en sorte que, chaque année, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ». Du Sarkozy dans le texte. C’était au dîner du CRIF mercredi soir où, contre toutes les traditions, le président s’était invité quand cela ressortait jusqu’à présent du rôle du premier ministre. Une petite phrase destinée délibérément à commentaires, à polémiques, donc à faire parler de lui. À un moment où il lui faut essayer de reprendre la main. Parrainages individuels d’enfants juifs assassinés ? À première vue, cela paraît bardé de bonnes intentions. Sauf que cela ne veut strictement rien dire, n’a pas le sens prétendu et est de surcroît irréalisable. Sauf que cela s’inscrit dans les tentatives sarkozystes de surfer sur le devoir de mémoire tout en évitant soigneusement la dimension collective qu’il implique, dans la veine populiste de l’épisode autour de Guy Môquet : réduire l’histoire à un événement d’histoire personnelle au détriment d’une réflexion de portée plus globale. Avec les responsabilités politiques et idéologiques qui en découlent.

Nicolas Sarkozy va en même temps répétant qu’il s’inscrit en faux contre toute repentance d’État, et même qu’il s’agit d’en finir avec ce concept, à contre-courant d’un Jacques Chirac acceptant, non sans grandeur et humanisme, de se hisser à hauteur de l’Histoire, en portant la reconnaissance officielle de l’État dans la responsabilité de la France pour la déportation et la Shoah. Politicien, Nicolas Sarkozy avance là, étriqué, en tordant la grande Histoire pour mieux exonérer la responsabilité d’État au bénéfice d’une culpabilisante démarche mortifère pour des jeunes de dix ans. Auxquels on somme de porter comme au revers de leur veste bien trop grande pour leur état cognitif la photo virtuelle d’un enfant de leur âge parti en fumée, il y a soixante ans, dans le ciel de la Pologne par le fait du nazisme. Non que la mémoire et le devoir n’aient point à être en permanence convoqués. Tout comme la sensibilité et l’intelligence. À l’évidence, au pire, Nicolas Sarkozy a voulu provoquer. Au mieux il a mal préparé son affaire.

Car il ne tient qu’à lui d’intégrer dans toute sa dimension dans les programmes scolaires l’histoire des enfants juifs assassinés. La liste est connue, des associations y ont travaillé. Mais on attend encore, par exemple, un mémorial avec la photographie de chacun d’eux. Populiste, Nicolas Sarkozy a une vision de l’Histoire réduite aux aguets de dérisoires combines. Au point de tenter de faire croire que son voyage en Israël, en mai prochain, serait une initiative personnelle, quand la plupart des chefs d’État de la planète s’y retrouveront à cette date anniversaire des soixante années d’existence de cet État. Du Sarko psycho pur sucre.

Dominique Bègles

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Tag(s) : #Politique
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