Grève massivement suivie en Algérie
L’appel à une grève de trois jours lancée par une intersyndicale regroupant huit organisations autonomes, qui a pris fin hier, a été suivi à 80 %, et cela, « malgré la pression de l’administration sur les grévistes », a souligné Hadj Djillali, un de ses porte-parole. La fonction publique, l’enseignement secondaire et supérieur et la santé étaient pratiquement paralysés. Les syndicats autonomes, qui ont émergé sur la scène sociale depuis que l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) s’est alignée sur la politique libérale du pouvoir, viennent encore une fois de démontrer leur force et leur représentativité. En effet, cet arrêt de travail est le deuxième organisé en moins d’un mois, après le succès de la grève du 15 janvier.
L’intersyndicale, qui a rejeté le nouveau statut de la fonction publique promulgué par le gouvernement avec l’appui de l’UGTA, demande l’ouverture de négociations pour une révision de la grille des salaires et la définition d’un nouveau régime indemnitaire pour les salariés de la fonction publique et de l’administration dont beaucoup sont des contractuels.
À une année de la fin du mandat du président Bouteflika, ce mouvement social intervient dans un contexte où les indicateurs macrofinanciers sont au vert, contrastant fortement avec des indicateurs sociaux qui ont viré au rouge depuis plus d’une année. « Pays riche, peuple pauvre », écrivait d’ailleurs le quotidien El Watan daté du 23 décembre, dans un article consacré à la prolifération des bidonvilles. En effet, grâce à une conjoncture pétrolière exceptionnelle, les réserves de change ont atteint 110 milliards de dollars, la dette extérieure est passée en moins de dix ans de 28 milliards à moins de 4 milliards de dollars, la dette publique interne a également été réduite à moins d’un milliard de dollars, soit 15 % du PIB (produit intérieur brut), de loin inférieur aux critères imposés par le FMI (entre 40 % et 50 %).
En revanche, le chômage (autour de 15 %) reste élevé, la précarisation de l’emploi se développe, la paupérisation touche 20 % de la population, tandis que le taux d’inflation estimé à 4,5 % (2,5 % officiellement) par le Fonds monétaire ronge le pouvoir d’achat de ceux qui ont la chance de disposer d’un contrat de travail à durée indéterminée.
En arrière-plan de ce mécontentement social, la violence islamiste s’installe dans la durée. Après la revendication par la Branche d’al Qaeda au Maghreb islamique de la mort, jeudi soir, de huit gardes frontières (voir l’Humanité de lundi), deux convois militaires ont été la cible, dimanche, d’attentats à la bombe à Blida (six blessés) et en Kabylie (deux blessés). Qui plus est, invoquant des raisons sécuritaires, la direction du tourisme de Tamanrasset (extrême-Sud algérien), citée par le Soir d’Algérie, a pris la décision d’interdire l’organisation de circuits touristiques entre cette ville et celle de Djanet.
Pour autant, le Front de libération nationale (FLN) et son allié le Rassemblement national démocratique (RND) sont plus préoccupés par une révision de la Constitution permettant au président Bouteflika de postuler à un troisième mandat, que par la gravité de la situation sociale. La démarche de ces deux partis a provoqué un vif débat en Algérie. Un groupe de personnalités du monde politique et de la société civile vient de lancer une pétition nationale (voir l’Humanité de samedi), dans laquelle les signataires proclament qu’ils « n’entendent pas accepter le fait accompli ».
Hassane Zerrouky
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