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International - Article paru le 12 février 2008 dans l'Humanité

L’opposition civile dans la ligne de mire de Déby

Tchad . On est toujours sans nouvelles des opposants enlevés il y a une semaine, qui incarnaient l’espoir d’une transition pacifique.

Timidement, la France se réveille. Il y a une semaine, le ministre de la Défense, Hervé Morin, tout à ses effusions d’amitié au président tchadien Déby, laissait froidement entendre que les arrestations d’opposants à N’Djamena pouvaient n’être que « rumeurs ». Depuis, Amnesty International, Human Right Watch et la Fédération internationale des droits de l’homme, entre autres organisations internationales, ont alerté sur le sort d’au moins quatre leaders de l’opposition civile interpellés à leur domicile le 3 février, dès que les forces loyalistes ont pris le dessus sur les rebelles dans la capitale tchadienne. Le Quai d’Orsay a tardivement fait savoir qu’il avait demandé que les détenus « puissent faire l’objet de visites » - une façon de prendre acte, a minima, des arrestations d’opposants qui incarnent le seul espoir d’une alternative pacifique au régime d’Idriss Déby et dont on était, hier, toujours sans nouvelles.

À peine réapparu en public, après avoir connu la plus sévère attaque rebelle depuis son arrivée au pouvoir par la force en 1990, ce dernier laissait présager le pire, annonçant que des rebelles en tenue civile étaient encore dans la ville - laissant supposer que la chasse aux sorcières n’était pas finie.

Pourtant, les personnes arrêtées, sans ménagement comme en témoignent ceux qui ont assisté à la scène, se sont toujours illustrées par leur refus d’une transition par les armes, qu’il s’agisse de Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi de l’accord du 13 août 2007 en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad - signé sous l’égide de l’Union européenne -, de l’opposant Ngarlejy Yorongar, de Waled Abdelkader Kamougué, leader populaire originaire du sud du pays et qui dirigeait un des partis de la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC). Ou encore d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui est le porte-parole de la CPDC depuis sa création en 2003.

Ce dernier est « un gros poisson » entre les mains du régime de Déby, qui est originaire de la même région et qui voit en lui, comme le souligne le chercheur Roland Marchal (CERI-CNRS), « un homme dangereux politiquement, dans la mesure où il incarne la possibilité d’une opposition populaire, avec un discours politique construit, honnête et rigoureux ». De son côté, la population civile, hantée par le souvenir de la guerre civile de 1979, se terre et n’aspire plus à rien d’autre qu’aux moyens de sa survie. « C’est elle qui paie en premier les errements de la France qui soutient Déby depuis des années au prétexte qu’il serait un moindre mal », souligne encore le chercheur.

Anne Roy

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Tag(s) : #Monde
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