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Société - Article paru le 9 février 2008 dans l'Humanité

 

Europe : un droit fortement bousculé

Sur la pression de l’Église et des lobbies anti-avortement, les politiques sont régulièrement sommés de statuer sur « la vie autonome du foetus ».

De 1956 à 1989, l’avortement était légal en Pologne. Les féministes polonaises, et les rares personnes mobilisées à leurs côtés contre les politiques ultrarépressives mises en place depuis dans le pays, n’oublient jamais de rappeler qu’en la matière rien n’est malheureusement acquis. Aux avant-postes de l’intégrisme catholique, le pays est depuis devenu le terreau des obsessions des militants contre l’avortement. Au point qu’une mère qui court un danger du fait de sa grossesse peine à trouver un médecin assez courageux pour l’autoriser à avorter - le cas très médiatisé de la courageuse Alicja Tysiac en témoigne. Et rien n’a changé depuis le changement de gouvernement, à l’automne : le libéral Donald Tusk se gardant de rouvrir un débat empoisonné par son prédécesseur au poste de premier ministre, le très conservateur Jaroslaw Kaczynski.

Le cas spectaculaire de la Pologne en vient à occulter les cas, nombreux en Europe, où les « défenseurs de la vie », comme ils n’hésitent pas à se faire appeler, gagnent du terrain. En Lituanie, un parlementaire d’un parti de la minorité polonaise, Valdemar Tomasevski a ainsi réussi, après deux tentatives infructueuses, à faire accepter un débat au Parlement, autour d’un projet de loi destiné à remettre en cause la législation sur l’avortement. Dans de nombreux pays membres de l’Union européenne, la thématique s’invite à l’avant-scène, particulièrement en période préélectorale. Avec comme argument-leitmotiv : la question de « la capacité de vie autonome des foetus », pour reprendre l’expression de la ministre espagnole de la Santé qui a demandé au Conseil supérieur de la santé de statuer sur le sujet, après une grève des établissements de soins privés habilités à pratiquer l’avortement, protestant contre leur mise à l’index par les associations anti-avortement et les autorités.

En Slovaquie, le démocrate Daniel Lipsic avait déposé une plainte, espérant « faire reconnaître le droit à la vie » des foetus, avant d’être finalement débouté par la Cour constitutionnelle qui a confirmé la validité de la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à douze semaines que le député mettait en cause. Et en Italie, sous la pression du Vatican, le coordinateur national de Forza Italia a déposé une motion parlementaire pour revenir sur la loi de dépénalisation de l’avortement adoptée en 1978.

Anne Roy

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Tag(s) : #Société
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