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Société - Article paru le 8 février 2008 dans l'Humanité

Des clopinettes pour le plan banlieues ?

Quartiers populaires . Le président de la République dévoile, ce matin, sa politique en direction des populations qu’il avait humiliées quand il était ministre de l’Intérieur.

Comment présenter un plan banlieue ambitieux alors que « les caisses de l’État sont vides » ? Dilemme pour le président de la République qui a distribué 15 milliards de deniers publics aux plus riches, au détriment, forcément, des populations les plus en difficultés. Exercice scabreux pour le chef de l’État qui dévoile son plan ce matin, à Élysée, en présence d’un millier de personnalités du monde politique, économique ou associatif.

L’homme « qui-fait-ce-qu’il-dit » a tenté un moment de se dessaisir du dossier et de se dégager d’une de ses principales promesses électorales. En habit de candidat, il avait pourtant promis, juré, craché, « un plan Marshal » qui allait transformer les cités ghettoïsées en des lieux où il fait bon vivre. Il allait y injecter « beaucoup d’argent » pour les « sortir de l’engrenage de la violence et de la relégation », écrivait-il dans son projet adressé aux Français lors de la campagne de la présidentielle.

Des annonces sans cesse repoussées

Une fois élu, Nicolas Sarkozy a repoussé à plusieurs reprises l’annonce de son action en direction des banlieues populaires, entretenant la confusion au sein de son gouvernement. Son premier ministre, François Fillon, lui-même, feignait de s’interroger, le 8 janvier : « Est-ce qu’il faut aujourd’hui un plan banlieue ? » Des tergiversations et une cacophonie qui illustrent les difficultés du président de la République à se sortir d’une situation schizophrénique. Le « plan Marshal », qui demande énormément de moyens financiers, n’est pas adapté à la rigueur budgétaire imposée par le chef de l’État.

Dans ce cadre, Fadela Amara, secrétaire d’État à la Ville, a dû revoir sa copie, la « booster », et en présenter une nouvelle version ne nécessitant pas « forcément des moyens supplémentaires (…), mais une meilleure redistribution des fonds », déclarait-elle dans la presse. Lors de notre table ronde (voir page 4), elle a refusé de répondre à la question concernant le financement des grandes mesures qu’elle a avancées, le 22 janvier, à Vaulx-en-Velin, et qui sont censées être reprises dans l’intervention, ce matin, du président de la République.

Le « plan espoir banlieue, une dynamique pour la France », nouvelle appellation de Fadela Amara, est concentré sur une centaine de quartiers populaires, « les plus dégradés socialement », avec trois priorités : insertion par le travail, lutte contre l’échec scolaire, et désenclavement. Elle annonce la création de 45 000 emplois, sans doute aidés, et la réduction de 40 % du chômage des jeunes en trois ans. Avec quels moyens ?

Nicolas Sarkozy peut-il continuer à ignorer le cri de révolte des jeunes de Villiers-le-Bel ? Deux ans après les émeutes de fin 2005, il s’apprête enfin à s’adresser à une population qu’il a humiliée, blessée, quand il était ministre de l’Intérieur. Il sait, à quelques semaines des élections municipales, qu’il n’a plus le droit à l’erreur dans cette affaire sensible. Il est attendu par tous ceux qui ont voté pour lui comme par les électeurs qui l’ont sanctionné dans les quartiers populaires.

C’est l’autre dilemme auquel le président de la République est confronté. Quelle tactique adopter à la veille de cette importante échéance ? Refaire le coup de la sécurité pour conforter son fidèle électorat ? Alors que, depuis le 13 avril 2007, Nicolas Sarkozy n’avait pas mis les pieds en banlieue parisienne, il a profité de son déplacement, le 21 janvier, à Sartrouville, pour revenir à ses thématiques sécuritaires. Mais peut-il écarter les questions sociales, particulièrement douloureuses dans les cités ? Sans doute Nicolas Sarkozy reprendra-t-il sa litanie culpabilisante envers les jeunes qu’il accuse de ne pas se lever tôt pour aller chercher du travail. Ce que Rachid Kaci, son conseiller technique, traduit par : « Il faut insuffler une philosophie de l’effort et de la responsabilité. » Renvoyer chacun à ses responsabilités, dans des endroits où le chômage culmine parfois à 40 %, ne peut tenir lieu de politique gouvernementale.

Mina Kaci

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Tag(s) : #Société
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