L’invité de la semaine Jim Cohen Universitaire.
J’habite en France depuis 1977 mais je retourne souvent aux États-Unis, pour le travail ou les vacances. Quant à savoir si je me sens « plus » américain ou « plus » français : oubliez cette question ! Même si c’est banal de le dire, j’essaie d’être citoyen du monde, internationaliste comme on disait autrefois à gauche. Autant je me sens, sauf exception, « chez moi » aux États-Unis, autant je m’efforce d’examiner la vie politique de ce pays avec beaucoup de distance critique, sachant à quel point le choix des électeurs états-uniens peut affecter le sort de l’humanité entière, qu’on le veuille ou non.
Analysons donc froidement les choses, ou essayons. L’ère Bush-Cheney touche à sa fin - et pas trop tôt ! La relève se prépare, côté républicain et côté démocrate. Y a-t-il du changement social en vue ? Je suis sceptique, nous en reparlerons cette semaine.
La nouveauté de la semaine dernière, c’était l’émergence de John McCain comme candidat républicain probable (nous en saurons plus, bien sûr, après les 23 élections primaires du « super-mardi », le 5 février). Ce qui saute aux yeux, c’est que sur l’Irak, le Moyen-Orient, et le thème obsessionnel de l’« islamo-fascisme », cet ancien combattant, décoré, du Vietnam, qui a passé cinq ans en captivité, est aussi va-t-en-guerre que Bush - le discours évangélique en moins, certes. Sa recette pour stimuler l’économie face à la crise qui s’annonce se réduit à du Bush bis : offrir encore plus de cadeaux fiscaux aux riches.
Sans illusion aucune, j’appuierai le ou la démocrate contre McCain. Ce ne sera pas gagné d’avance : McCain est un adversaire intelligent qui se défend bien en débat. Il se pose en esprit indépendant qui n’hésite pas à affronter - sélectivement mais non sans courage - l’orthodoxie conservatrice. Sur l’immigration, par exemple, c’est un « modéré » qui veut promouvoir un compromis avec les démocrates permettant à la plupart des 12 millions de sans-papiers d’être régularisés. Épiscopalien, ne partageant pas la ferveur des évangéliques, il n’est pas aimé et ne sera que mollement soutenu par la droite chrétienne, dont les réseaux ont tant aidé Bush en 2004.
Barack Obama et Hillary Clinton auront-ils le courage d’attaquer McCain sans ménagement sur la guerre en Irak ? Obama un peu plus que Clinton sans doute. Mais le mouvement antiguerre ne fera pas de chèque en blanc au candidat démocrate. Le mouvement est toujours là, même si on en parle peu, mais il faudra qu’il fasse entendre sa voix.
Jim Cohen, originaire du Massachusetts, enseigne au département de science politique à l’université de Paris-VIII (Saint-Denis) et à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Paris). Il est l’auteur de Spanglish America : les enjeux de la latinisation des États-Unis, Le Félin, 2005.
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