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Pour le prix Nobel, le temps, ce n’est pas que de l’argent
Sarkozy doit l’avoir mauvaise. Se faire publiquement désavouer sur son projet économique, ce week-end à Davos, par deux économistes de renommée internationale à qui il a lui-même tendu le micro, ça, il ne l’avait pas vraiment prévu.
Début janvier, lors de sa conférence de presse à l’Élysée, le président s’était en effet félicité d’avoir confié à deux prix Nobel de l’économie, l’Indien Amartya Sen et l’Américain Joseph Stiglitz, une mission pour concevoir une nouvelle mesure de la croissance. Ces derniers se retrouvent alors chargés « de réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale et à la meilleure manière de les surmonter pour que la mesure du progrès économique soit plus complète ». Contrairement au produit intérieur brut (PIB) ou à son compère le produit national brut (PNB), le futur indice ne devrait pas se satisfaire de l’évolution des richesses pour mesurer la santé d’un pays. Un objectif de calcul du bien-être auquel ne répond pas non plus l’indicateur de développement humain (IDH) selon Amartya Sen, qui avait pourtant participé à son élaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement en 1990. « L’IDH a été pensé pour des pays en voie de développement et les critères retenus, comme l’espérance de vie, ne sont pas fondamentaux dans les pays déjà développés », explique le chercheur asiatique.
En mettant sur la table le dossier du PNB - vieux de plus de soixante ans - et de son étroitesse statistique, Nicolas Sarkozy a voulu apparaître comme un novateur. Oui mais, patatra samedi dernier à Davos. Dans les couloirs du Forum économique mondial, Joseph Stiglitz livre ses premières pistes de réflexion… Qui se retrouvent être en totale contradiction avec un certain « travailler plus pour gagner plus ». Extraits des confidences de l’ancien conseiller de Bill Clinton : « Les loisirs sont un élément déterminant de la qualité de vie. Les Américains travaillent plus longtemps que les Européens ou les Français. Mais leur bien-être est-il meilleur ? Par exemple, quand on n’a pas de temps libre, on voit moins sa famille… » Travailler moins pour être plus heureux, voilà une conclusion qui pourrait faire grincer quelques dents à l’Elysée si elle était confirmée dans la copie que les deux économistes doivent remettre à Sarkozy, d’ici la fin de l’année. Cet été, on devrait déjà y voir plus clair avec un premier rapport d’étape.
Christelle Chabaud
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